Fin février, heure locale, une brusque escalade de la situation en Iran a brisé le calme des marchés financiers mondiaux. Les prix du pétrole brut ont réagi immédiatement, tandis que les actifs refuges traditionnels tels que l’or et le dollar américain revenaient sur le devant de la scène. Pourtant, dans cette phase de turbulences géopolitiques, la performance des crypto-actifs a déjoué les attentes. Selon un récent rapport d’analyse de JPMorgan, depuis le déclenchement du conflit, le plus grand ETF aurifère mondial et l’ETF Bitcoin ont affiché une divergence rare dans les flux de capitaux : l’or a subi des sorties, tandis que Bitcoin a enregistré des entrées nettes. Ce phénomène a non seulement inversé la tendance annuelle de performance de ces actifs, mais a également amené le marché à réévaluer le rôle de Bitcoin dans le contexte macroéconomique actuel. En s’appuyant sur les données de marché Gate, le rapport de JPMorgan et diverses informations sectorielles, cet article analyse la logique et les tendances potentielles derrière cette divergence.
Rapport JPMorgan : les ETF Bitcoin attirent des flux entrants sur fond de tensions géopolitiques
Le 12 mars, une équipe d’analystes dirigée par Nikolaos Panigirtzoglou, directeur général chez JPMorgan, a publié un rapport soulignant que depuis le déclenchement du conflit iranien le 27 février, les flux de capitaux de deux produits ETF phares ont nettement divergé. Le plus grand ETF aurifère mondial — SPDR Gold Trust (GLD) — a enregistré une sortie d’environ 2,7 % de ses actifs sous gestion sur cette période. À l’inverse, l’iShares Bitcoin Trust (IBIT) de BlackRock a attiré des entrées nettes d’environ 1,5 %. Ce mouvement inverse a annulé l’avantage de capitaux dont bénéficiait le GLD sur les ETF Bitcoin début 2026, relançant le débat sur la validation du récit du "gold numérique" pour Bitcoin.
De la valeur refuge à la divergence : comment le conflit iranien a marqué un tournant pour les marchés
Le déclencheur immédiat de cette divergence dans les flux de capitaux a été l’escalade soudaine des risques géopolitiques au Moyen-Orient. Fin février, les tensions entre les États-Unis et l’Iran se sont intensifiées, l’Iran annonçant la fermeture du détroit d’Ormuz — point de passage d’environ un cinquième des exportations mondiales de pétrole —, paralysant les marchés énergétiques mondiaux et semant la panique. Les prix du Brent se sont rapidement rapprochés des 100 dollars le baril, ravivant les craintes d’une inflation persistante et d’un éventuel changement de politique de la Réserve fédérale.
Dans ce contexte macroéconomique, les actifs refuges traditionnels ont eu un comportement inattendu. L’or n’a pas bondi comme anticipé au déclenchement du conflit ; il a au contraire connu un repli début mars, recherchant à un moment donné un support autour de 5 000 dollars. Parallèlement, le cours du Bitcoin est brièvement passé sous les 67 000 dollars avant de se stabiliser rapidement et de retrouver la barre des 70 000 dollars lors des séances suivantes. Les données de flux de capitaux de JPMorgan illustrent ce changement de comportement des investisseurs, reliant de près l’événement géopolitique aux mouvements de fonds entre ces deux classes d’actifs.
2,7 % de sorties contre 1,5 % d’entrées : les données révèlent de nouvelles tendances institutionnelles
L’analyse de JPMorgan propose plusieurs éléments quantitatifs qui illustrent clairement l’ampleur de cette divergence de capitaux.
Le rapport précise que cette rupture n’est pas un événement isolé, mais plutôt une inversion des tendances observées sur une période plus longue. Depuis la correction du marché Bitcoin en octobre 2025, les capitaux — notamment ceux des investisseurs particuliers — s’étaient progressivement redéployés de Bitcoin vers l’or. Toutefois, le déclenchement du conflit iranien a marqué un tournant, accélérant la réallocation des fonds.
| Dimension analytique | ETF Or (GLD) | ETF Bitcoin (IBIT) | Implication |
|---|---|---|---|
| Flux de capitaux pendant le conflit | Sortie d’environ 2,7 % de l’AUM | Entrée d’environ 1,5 % de l’AUM | Changement significatif à court terme dans la préférence refuge |
| Évolution des positions vendeuses | Positions vendeuses en baisse | Positions vendeuses en hausse | Les hedge funds et institutions ont récemment réduit leur exposition au Bitcoin, augmenté leurs positions sur l’or |
| Indicateurs du marché des options | Ratio put/call relativement bas | Ratio put/call systématiquement supérieur à celui du GLD depuis nov. 2025 | La demande institutionnelle pour se couvrir contre la baisse du Bitcoin progresse |
| Indicateurs de volatilité | Volatilité implicite des options en nette hausse | Volatilité implicite relativement stable, tendance à la contraction | Le marché anticipe une volatilité accrue à court terme sur l’or ; la structure du marché Bitcoin se professionnalise |
Par ailleurs, les données montrent une amélioration de la microstructure du marché Bitcoin. Les analystes de JPMorgan estiment que la contraction de la volatilité du Bitcoin traduit une part croissante de détention institutionnelle et une meilleure liquidité. Cela rejoint les observations récentes selon lesquelles "le capital institutionnel est plus stable" — malgré la volatilité des prix, les capitaux entrants via les ETF ne ressortent pas précipitamment.
Un fossé grandissant : trois courants d’interprétation de cette divergence
Face à cette divergence de capitaux, trois grandes écoles de pensée se dégagent sur le marché :
- Optimistes Bitcoin : validation du récit et maturité structurelle
Les partisans y voient un moment clé pour la validation du récit du "gold numérique". Lorsqu’un risque géopolitique réel est survenu, Bitcoin n’a pas été vendu comme un actif risqué, contrairement au passé. Il a au contraire affiché une résilience de valeur refuge, similaire à l’or, et, grâce à sa liquidité supérieure et sa facilité de transaction, a même gagné en attractivité. Parallèlement, la forte participation institutionnelle via les ETF et les options contribue à atténuer la volatilité intrinsèque du Bitcoin, qui s’apparente de plus en plus à un actif macroéconomique mature.
- Observateurs prudents : montée de la demande de couverture, doutes persistants
Malgré les entrées nettes, le maintien d’un ratio put/call élevé sur le marché des options indique que les investisseurs professionnels ne sont pas aveuglément optimistes. Selon eux, même s’ils achètent massivement du spot ou des calls, ils se couvrent activement contre la baisse. Cette posture de "progression sous protection" traduit un certain scepticisme quant à la capacité du BTC à rester résilient si le conflit s’enlise.
- Pessimistes/Sceptiques : rotation de court terme, suprématie de l’or inchangée
Certains analystes estiment qu’il ne s’agit que d’une rotation tactique à court terme dans les stratégies macro. Avant le conflit, l’or avait attiré des flux pendant plusieurs mois consécutifs, tandis que Bitcoin connaissait des sorties. Les entrées récentes sur Bitcoin pourraient simplement refléter une diversification après le pic du cours de l’or, ou des rachats de positions vendeuses par des institutions précédemment baissières sur Bitcoin. Le statut de l’or comme valeur refuge ultime, établi depuis des millénaires, ne saurait être remis en cause par une sortie de 2,7 %.
Le récit du gold numérique est-il vraiment réalisé ?
Cet épisode remet en question et redéfinit deux grands récits :
- L’or comme "valeur refuge ultime" : Le conflit en Iran a vu des sorties des ETF aurifères. Cela ne remet pas en cause la valeur refuge de l’or, mais met en lumière un phénomène nouveau : lorsque le conflit menace l’approvisionnement pétrolier et accroît les risques de "stagflation", une partie des capitaux peut temporairement quitter l’or — actif corrélé négativement aux taux d’intérêt réels — à la recherche d’autres couvertures.
- Bitcoin comme "gold numérique" : Les flux entrants sur Bitcoin apportent un argument de poids à court terme pour ce récit. Mais il s’agit, à proprement parler, d’un "report de la demande refuge". Face à la recherche de nouvelles couvertures contre l’inflation provoquée par le choc pétrolier et la dépréciation monétaire, le Bitcoin, avec son offre limitée et son caractère non souverain, apparaît pertinent. Sa capacité à rivaliser avec l’or comme "valeur refuge ultime" dépendra de sa performance lorsque les tensions s’apaiseront et que l’appétit pour le risque reviendra.
L’entrée institutionnelle s’intensifie, la structure du marché Bitcoin évolue en profondeur
Si cette divergence se poursuit, elle pourrait avoir des répercussions majeures sur l’industrie crypto :
- Accélération de la maturité du marché : Les institutions utilisent de plus en plus les options et autres instruments de couverture, signalant une transition d’un marché dominé par les particuliers vers une structure multi-niveaux, institutionnalisée et plus sophistiquée. Cela renforcera la profondeur et la stabilité du marché.
- Redéfinition de la logique d’allocation d’actifs : Les sociétés de gestion de patrimoine et family offices pourraient reconsidérer la place du Bitcoin dans les portefeuilles. Si Bitcoin démontre une faible corrélation ou des propriétés de couverture lors de patrouilles géopolitiques, il pourrait passer du statut "d’actif spéculatif à haut risque" à celui "d’actif alternatif stratégique", attirant des allocations plus stables.
- Renforcement de l’acceptation réglementaire et grand public : La performance différenciée du Bitcoin par rapport aux actifs traditionnels (or, actions) lors d’événements macro majeurs contribue à dissiper l’image d’"outil purement spéculatif" auprès des régulateurs, ouvrant la voie à une intégration plus large dans confidence mainstream.
Quelles perspectives ? Trois scénarios d’évolution des flux de capitaux
Sur la base des données actuelles, les flux de capitaux pourraient évoluer selon les scénarios suivants :
- Scénario 1 : conflit prolongé, divergence persistante
Si les tensions au Moyen-Orient restent élevées et que les prix du pétrole se maintiennent, avec des anticipations d’inflation durable, l’or pourrait sous-performer en raison de la pression sur les taux d’intérêt réels, tandis que l’offre limitée du Bitcoin continuerait d’attirer les capitaux en quête d’alternatives monétaires. La divergence des flux deviendrait la norme.
- Scénario 2 : désescalade rapide, retour des capitaux vers l’or
En cas d’apaisement rapide des risques géopolitiques, le marché se recentrerait sur la croissance économique et la politique de la Fed. Avec la disparition de la demande refuge, l’or pourrait rebondir fortement après les sorties récentes. Bitcoin serait de nouveau valorisé comme un actif risqué ; sans innovation majeure dans l’écosystème, les flux récents pourraient s’orienter vers wrapped profits et retourner vers l’or ou les actions.
- Scénario 3 : escalade vers un conflit régional, fuite vers la sécurité généralisée, ventes corrélées
Si le conflit dégénérait en guerre régionale, provoquant une panique généralisée sur les marchés, tous les actifs risqués pourraient être vendus sans distinction. En cas de crise de liquidité, les investisseurs se replieraient sur le cash et les bons du Trésor à court terme. Dans ce scénario extrême, Bitcoin et les ETF or pourraient reculer de concert, avec une corrélation accrue.
Conclusion
Le conflit iranien a servi de test décisif pour les actifs refuges traditionnels comme émergents. La divergence des capitaux révélée par le rapport JPMorgan dépasse le simple constat chiffré : il s’agit d’une réévaluation globale et d’un vote sur les réserves de valeur en période d’incertitude géopolitique. Pour Bitcoin, il ne s’agit pas seulement d’une épreuve de prix, mais d’une étape clé vers la maturité, tant sur le plan structurel que dans ses attributs d’actif. La trajectoire à venir dépendra de l’évolution de la situation au Moyen-Orient et de la confirmation par les prochains indicateurs macroéconomiques mondiaux.


