La question de la répartition des rendements des stablecoins s’est imposée comme le principal point de discorde. Au cœur de ce désaccord, les représentants des secteurs bancaire et crypto ont adopté des positions opposées lors d’une réunion organisée par la Maison Blanche, aboutissant à une impasse dans les négociations.
Avancées législatives
Le cadre réglementaire du marché crypto américain approche d’un tournant décisif. Récemment, le président de la commission de l’agriculture du Sénat, John Boozman, a affirmé être « très déterminé » à ce qu’un consensus sur le projet de loi encadrant la structure du marché des crypto-actifs puisse être trouvé cette année.
Ce texte vise à instaurer un cadre réglementaire national pour les actifs numériques, confiant principalement la supervision de ce secteur émergent à la Commodity Futures Trading Commission (CFTC).
Le calendrier est désormais fixé : la version finale du projet de loi pourrait être soumise à la signature présidentielle dès le Memorial Day. Le conseiller de la Maison Blanche, Patrick Witt, a révélé qu’après l’adoption du Genius Act, le président Trump avait personnellement fait de ce projet une priorité.
Le processus législatif est passé d’un consensus général à une rédaction détaillée, avec pour objectif central de garantir que le texte puisse être adopté tant par le Sénat que par la Chambre des représentants.
Désaccord central sur les rendements des stablecoins
La répartition des rendements des stablecoins est aujourd’hui considérée comme le « principal point de discorde » du processus législatif en cours. Le débat porte sur la question de savoir si les plateformes centralisées devraient être autorisées à verser des rendements passifs sur les soldes inactifs de stablecoins.
Début février, lors d’une réunion organisée à la Maison Blanche, les représentants des secteurs bancaire et crypto ont mené plus de deux heures de débats animés sur ce sujet.
Les représentants du secteur bancaire se sont fermement opposés à la distribution de rendements sur les stablecoins, estimant que ces rendements s’apparentent « trop à des paiements d’intérêts » et rappelant que des textes précédents avaient déjà interdit ce type de pratiques.
À l’inverse, l’industrie crypto considère la distribution de rendements comme un comportement de marché naturel. Le PDG de Coinbase, Brian Armstrong, a même déclaré que si le projet de la commission bancaire du Sénat incluait un amendement « supprimant les récompenses sur les stablecoins », il ne pourrait pas soutenir le texte.
Les stablecoins constituent un pilier du marché crypto, et leur prix est resté relativement stable malgré les récentes fluctuations du marché. Par exemple, le 10 février, le cours de l’USDC s’établissait à 1,0000 $ avec un volume d’échanges de 14 745 822 208 $, selon les données de Gate. L’USDT affichait un prix de 0,999558 $ pour un volume de 95 206 121 472 $ le même jour.
Positions et lignes rouges
Sur la question des rendements des stablecoins, certains consensus de base se sont déjà dégagés. Par exemple, il existe un large accord pour interdire les pratiques trompeuses, telles que la commercialisation de stablecoins en tant que dépôts assurés par la FDIC.
À l’issue de la réunion, les organisations bancaires ont publié une déclaration commune soulignant : « Nous devons veiller à ce que toute législation soutienne le crédit local aux familles et aux petites entreprises, ce qui favorise non seulement la croissance économique mais protège également la solidité de notre système financier. »
Le secteur crypto, de son côté, craint qu’une régulation excessive ne freine l’innovation. La directrice générale de la Blockchain Association, Summer Mersinger, a estimé que l’événement de lundi constituait « une étape importante vers une solution bipartisane pour la législation sur la structure du marché des actifs numériques ».
Les « lignes rouges » du processus législatif sont désormais clairement établies. Les négociations actuelles visent à trouver un équilibre entre la préservation de la stabilité financière et la promotion de l’innovation.
Le rôle fondamental de la DeFi
La DeFi (finance décentralisée) occupe une place centrale dans la législation sur la structure du marché crypto. Patrick McHenry a souligné que sans la DeFi, la législation concernée « ne pourrait tout simplement pas fonctionner ».
Il a également rappelé que la décentralisation est la raison principale pour laquelle le système crypto surpasse la finance traditionnelle en termes d’efficacité, de transparence et de coûts. Les produits de prêt tokenisés offrent déjà des coûts nettement inférieurs à ceux du prêt de titres traditionnel.
Ethereum, principale plateforme de la DeFi, représente 58 % des dépôts totaux de l’industrie blockchain. En incluant les réseaux de couche 2 tels que Base, Arbitrum et Optimism, cette part dépasse 65 %.
Malgré la volatilité récente du marché, Ethereum reste en tête en termes de valeur totale verrouillée (TVL), avec la plus grande application décentralisée de son réseau principal dépassant 2,3 milliards de dollars en TVL.
Paysage réglementaire mondial
La mise en place d’un cadre réglementaire pour le marché crypto américain s’inscrit dans une dynamique mondiale. Le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs (MiCA) est déjà entré en vigueur, fixant des exigences claires pour les prestataires de services sur actifs numériques opérant dans l’UE.
L’Autorité des marchés financiers (AMF) a rappelé que, dans le cadre du MiCA, les prestataires de services sur actifs numériques déjà actifs en France devront obtenir un agrément d’ici le 1er juillet 2026 ou cesser leur activité.
Parallèlement, la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine adapte également son approche réglementaire. Le commissaire Mark T. Uyeda a indiqué que la SEC a cessé d’utiliser l’application de la loi comme principal vecteur d’expression de sa politique, privilégiant désormais des programmes pilotes limités via des orientations réglementaires.
Il a souligné que les règles de la SEC doivent rester technologiquement neutres, se concentrer sur les résultats plutôt que sur les processus, et garantir une protection adéquate des investisseurs.
Impact sur le marché et stratégies des investisseurs
L’avancée du projet de loi sur la structure du marché crypto a un impact direct sur le marché. Christopher Waller, membre du conseil de la Réserve fédérale, a récemment noté que l’optimisme ayant soutenu la hausse des marchés après l’élection du président Trump pourrait s’atténuer.
Avec l’accroissement de l’incertitude réglementaire, les grands groupes financiers ajustent leurs positions pour mieux gérer les risques, ce qui alimente des mouvements de vente sur le marché.
Le marché des produits dérivés sur Ethereum reflète les inquiétudes des investisseurs quant à une éventuelle poursuite de la baisse. La prime des contrats à terme mensuels sur l’ETH par rapport au spot est d’environ 3 %, soit en dessous du seuil neutre de 5 %, ce qui traduit un manque d’optimisme global chez les traders d’Ethereum.
Pour les investisseurs, le contexte actuel appelle à une vigilance accrue sur :
- L’impact potentiel des évolutions réglementaires sur les modèles de rendement des stablecoins
- Les ajustements que les principales plateformes crypto pourraient opérer pour se conformer aux nouvelles règles
- Les opportunités d’arbitrage liées aux différences réglementaires entre juridictions
- La capacité d’adaptation des protocoles DeFi dans les différents cadres réglementaires
Conclusion
Les prix des stablecoins sur Gate témoignent d’une stabilité relative du marché. Cependant, les modèles de distribution des rendements associés à ces deux principaux stablecoins constituent désormais le point de friction décisif qui déterminera si le projet de loi sur la structure du marché crypto américain pourra être adopté sans encombre.
La Maison Blanche a fixé un calendrier clair à l’ensemble des parties prenantes, exigeant des avancées substantielles sur les aspects techniques des négociations législatives d’ici la fin du mois. Le cadre réglementaire du marché crypto américain est en train de se dessiner, et son aboutissement aura une influence profonde sur l’évolution du marché mondial des actifs numériques.


