L’escalade du procès Jane Street : le Bitcoin repasse à 70 000 $ — le phénomène de la « vente de 10 heures » est-il terminé ?

Mis à jour: 2026-02-26 06:44

Le 26 février 2026 a marqué la plus forte progression journalière récente du marché des cryptomonnaies. Selon les données de marché de Gate, le Bitcoin (BTC) s’est rapproché du seuil des 70 000 dollars en l’espace de 24 heures, clôturant finalement à 68 193,8 dollars, soit une hausse de 4,27 % sur la journée. Dans son sillage, Ethereum (ETH) et Solana (SOL) ont également enregistré de solides performances, progressant respectivement de 7,83 % et 7,66 %, avec des cours atteignant 2 055,32 dollars et 87,95 dollars. Cette envolée collective a non seulement mis fin à une série de trois séances de baisse pour les principaux actifs, mais elle a aussi permis d’ajouter près de 170 milliards de dollars à la capitalisation totale du marché en une seule journée.

Cependant, à la différence des précédentes hausses alimentées par des évolutions macroéconomiques ou des avancées techniques, ce mouvement a eu un déclencheur singulier : il trouve son origine dans une action en justice intentée contre le géant du trading quantitatif Jane Street, qui a suscité de nombreuses spéculations autour d’une « pression vendeuse artificiellement manipulée ».

Retour sur la rumeur du « sell-off de 10h » : de l’effondrement de Terra à l’affaire Jane Street

L’élément déclencheur immédiat de cette volatilité fut une plainte pour délit d’initié déposée par l’administrateur judiciaire de Terraform Labs à l’encontre de Jane Street. Selon la plainte, Jane Street aurait exploité des informations confidentielles obtenues auprès d’initiés de Terraform Labs pour anticiper des opérations juste avant l’effondrement de l’écosystème Terra en 2022, accentuant ainsi les turbulences sur le marché.

Suite à cette annonce, un soupçon persistant au sein de la communauté crypto a rapidement gagné du terrain : analystes et traders ont souligné qu’un schéma récurrent s’observait depuis plusieurs mois — chaque jour, vers 10h (heure de New York), le Bitcoin subissait une vague de ventes programmatiques concentrées, exerçant une pression baissière sur les prix. Certains commentateurs ont surnommé ce phénomène le « sell-off de 10h ». Fait remarquable, le lendemain de la révélation de l’affaire, ce schéma de plusieurs mois a brutalement disparu, laissant place à une forte reprise haussière.

Décryptage des données : rebond de 170 milliards de dollars, 473 millions de dollars de positions short liquidées — quelle était la force du mouvement ?

D’un point de vue structurel, ce scénario présente une certaine logique. Le lancement des ETF Bitcoin au comptant a fait des teneurs de marché traditionnels (comme Jane Street) des acteurs clés du secteur. En tant que participant autorisé et teneur de marché sur plusieurs ETF Bitcoin, Jane Street détient des positions significatives, et ses activités de couverture et de gestion d’inventaire peuvent influencer directement la liquidité à court terme sur le marché spot.

Les données de marché montrent qu’avant ce rebond, le Bitcoin venait de subir une correction profonde — après avoir atteint un sommet historique autour de 126 080 dollars en octobre dernier, il avait retracé près de 50 % à son point bas. Ce repli prolongé avait fragilisé le sentiment de marché, avec plus de 45 % de l’offre en circulation affichant des pertes latentes. Dans un tel contexte, tout récit évoquant la « disparition d’une source majeure de pression vendeuse » pouvait déclencher un rachat massif de positions short et attirer les chasseurs de bonnes affaires. Sur les dernières 24 heures, le montant total des liquidations de positions short sur le marché s’élève à 473 millions de dollars, soit 81 % de l’ensemble des liquidations — un indicateur quantitatif de l’intensité du rebond.

Marché divisé : « Fin du complot des teneurs de marché » ou « emballement narratif » ?

Le sentiment de marché est désormais fortement polarisé.

Point de vue A (camp des rumeurs) : Représenté par plusieurs KOL crypto, ce groupe estime que Jane Street était à l’origine du « sell-off de 10h ». En vendant systématiquement à heure fixe pour faire baisser les prix et liquider les traders particuliers à effet de levier — avant de racheter à des niveaux plus bas — cette stratégie aurait été répétée par cycles. L’action en justice aurait mis fin à ce comportement, supprimant la pression vendeuse systémique et alimentant un rebond de rattrapage.

Point de vue B (camp analytique) : Des voix plus prudentes, dont Eric Balchunas, analyste senior ETF chez Bloomberg, reconnaissent que la narration du « grand méchant écarté » domine actuellement le marché, tout en soulignant qu’il ne s’agit pour l’instant que de pure spéculation.

Analyse de la « théorie du complot » : où placer la frontière entre faits et spéculations ?

Il est essentiel de distinguer les faits des spéculations dans la narration actuelle.

Faits :

  • L’administrateur judiciaire de Terraform Labs a déposé une plainte pour délit d’initié contre Jane Street, l’accusant d’avoir utilisé des informations confidentielles pour sortir de ses positions avant l’effondrement de Terra.
  • Le cours du Bitcoin a connu un rebond significatif après l’annonce de la plainte, coïncidant avec la fameuse fenêtre horaire de « 10h ».
  • Jane Street est effectivement un acteur majeur de la liquidité sur le marché des ETF crypto.

Spéculations :

Aucune preuve publique ne démontre que Jane Street opère un algorithme pour « vendre du Bitcoin tous les jours à 10h ». Si ses activités de trading ont pu objectivement contribuer à la pression sur les prix, il existe un écart logique important entre « impact de marché » et « manipulation intentionnelle ». Combler cet écart nécessiterait des données de trading concrètes et des conclusions réglementaires.

Crise de confiance ou opportunité réglementaire ? Repenser le rôle des teneurs de marché

Quelle que soit l’issue de la procédure, cet événement a déjà eu un impact structurel profond. Il met en lumière le fait que, sous l’idéal de la « décentralisation », le marché des cryptomonnaies dépend bien plus qu’on ne le pense de teneurs de marché centralisés. Les décisions de trading d’un seul teneur de marché — ou même la simple rumeur d’une action en justice à son encontre — peuvent déplacer des centaines de milliards de dollars de capitalisation en un temps très court. Cette réalité soulève à elle seule des questions sur la maturité du marché.

À l’avenir, cette affaire devrait pousser l’industrie à réévaluer le rôle des teneurs de marché et le cadre réglementaire qui les encadre. Si Jane Street était finalement reconnue coupable d’avoir exploité un avantage informationnel à des fins inappropriées, cela pourrait entraîner un vaste audit de conformité des modèles d’activité des teneurs de marché — notamment en matière de barrières à l’information et de contrôle des délits d’initié. Cela aurait un impact direct sur la liquidité et les coûts de transaction.

Perspectives de marché : poursuite du rebond, essoufflement narratif ou tempête réglementaire ?

Au vu des informations actuelles, trois scénarios principaux se dessinent :

Scénario 1 : poursuite du rebond (probabilité modérée)

Si Jane Street a effectivement suspendu ou ajusté ses stratégies de tenue de marché aux États-Unis en réaction à la plainte, le marché pourrait s’être délesté d’un certain poids à court terme. Si les conditions macroéconomiques (telles qu’un affaiblissement de l’indice dollar ou le retour de l’appétit pour le risque) sont favorables, le Bitcoin pourrait consolider au-dessus de 70 000 dollars et tester la prochaine zone de résistance.

Scénario 2 : correction après démenti de la narration (probabilité plus élevée)

Le rebond actuel repose sur une hypothèse non vérifiée. Si des éléments démontrent que le « sell-off de 10h » n’était pas lié à Jane Street, ou si l’attention du marché revient sur des vents contraires macroéconomiques comme le durcissement des politiques ou les tensions commerciales, les gains — sans fondement solide — pourraient rapidement s’évaporer. Environ 9 millions de BTC actuellement en moins-values latentes représentent une pression vendeuse potentielle importante.

Scénario 3 : escalade réglementaire (probabilité plus faible, mais impact potentiellement majeur)

Dans le scénario le plus extrême, les régulateurs américains (tels que la SEC ou la CFTC) pourraient intervenir pour enquêter sur Jane Street, élargissant la portée de la plainte liée à Terra à ses activités quotidiennes de tenue de marché. Cela pourrait provoquer une crise de confiance généralisée sur le secteur des teneurs de marché, assécher la liquidité et exposer le marché à un risque de rechute.

Conclusion : attendre la vérité, rester rationnel

Ce rebond de marché, déclenché par l’affaire Jane Street, constitue essentiellement une libération concentrée d’un sentiment longtemps refoulé, mêlant spéculation et frustration face à une « manipulation artificielle ». Pourtant, le plus grand piège des marchés financiers reste de confondre narration et réalité. Sans preuve tangible, toute prise de position sur la base de rumeurs revient à bâtir sur du sable. Si les investisseurs peuvent profiter du rebond, ils doivent rester vigilants face au risque d’un retournement si la narration venait à être démentie. La santé durable du marché repose avant tout sur la transparence des règles et la confiance véritable. Dans les prochains jours, à mesure que de nouveaux éléments sur la procédure émergeront et que les teneurs de marché ajusteront leur comportement, la tendance réelle du marché se dessinera progressivement. D’ici là, conserver une approche rationnelle et gérer prudemment ses positions demeure sans doute la meilleure stratégie face à l’incertitude.

The content herein does not constitute any offer, solicitation, or recommendation. You should always seek independent professional advice before making any investment decisions. Please note that Gate may restrict or prohibit the use of all or a portion of the Services from Restricted Locations. For more information, please read the User Agreement
Liker le contenu