_Source originale du podcast : [The Generalist Podcast]( Traduction et montage : ChainCatcher
Aperçu
Points clés
La pensée stratégique de Peter Thiel est comparable à celle d’un joueur d’échecs qui « prévoit 20 coups à l’avance »
Founders Fund est passé d’un fonds de startup de 50 millions de dollars à une institution de Silicon Valley gérant aujourd’hui plusieurs milliards de dollars d’actifs
La philosophie d’investissement au cœur : « Toutes les entreprises à succès sont différentes, toutes les entreprises échouées se ressemblent »
Trois fonds en 2007, 2010 et 2011 ont établi des records de rendement dans l’histoire du capital-risque
Investissements concentrés dans SpaceX, Bitcoin, Palantir, Facebook, etc., générant des retours stupéfiants
La force de Thiel réside dans sa pensée stratégique, non dans l’exécution, ce qui se reflète dans la conception organisationnelle
L’architecte de la stratégie au cœur du pouvoir
Le 20 janvier 2025, le jour où les personnes les plus influentes des États-Unis se sont rassemblées au Capitole. La présence de Peter Thiel lui-même n’était pas visible, mais son influence était partout.
Ancien subordonné devenu vice-président, ancien camarade de promo en IA et crypto-monnaies, fondateur de la première startup angel, Mark Zuckerberg, et Elon Musk, le top des milliardaires mondiaux — tous semblaient être placés dans la vie selon la vision d’un seul penseur : Peter Thiel.
Reconnu comme un génie des échecs, Thiel déployait stratégiquement ses talents comme on déploie des pièces sur un échiquier. Disparu mystérieusement pendant plusieurs mois, il réapparaissait soudainement pour lancer des jugements d’investissement aigus ou des prévisions — un comportement apparemment chaotique, mais dont la véritable clairvoyance se révélait avec le temps.
Founders Fund est le centre du pouvoir, de l’influence et des actifs de Thiel. Créé en 2005 par une équipe peu expérimentée avec 50 millions de dollars, il est devenu aujourd’hui un acteur majeur de plusieurs milliards de dollars en Silicon Valley. Son portefeuille d’investissements est connu pour susciter beaucoup de controverses.
La trilogie des rendements records dans le capital-risque
Les performances illustrent la stratégie spectaculaire de Founders Fund. Les trois fonds de 2007, 2010 et 2011 ont réalisé des résultats sans précédent dans l’industrie du capital-risque :
Fonds 2007 : 22,7 millions de dollars investis pour un rendement de 26,5x
Fonds 2010 : 25 millions de dollars pour un rendement de 15,2x
Fonds 2011 : 62,5 millions de dollars pour un rendement de 15x
Investissements concentrés dans SpaceX, Bitcoin, Palantir, Anduril, Stripe, Facebook, Airbnb, etc., ont permis d’obtenir ces retours exceptionnels.
La force magnétique de Thiel et ses sources d’inspiration
Le pouvoir de Thiel ne réside pas dans sa capacité à parler en public, mais dans sa pensée profonde et multidisciplinaire. Peu d’intellectuels peuvent, comme lui, naviguer avec élégance entre la philosophie antique (Lucrèce), Ted Kaczynski, le théorème de Fermat, tout en discutant de l’essence des startups ou de la valeur des entreprises monopolistiques.
Ken Howery et Luke Nosek, co-fondateurs depuis plusieurs années, ont été séduits par cette pensée dès avant la création de Thiel. La « révélation » de Howery est survenue lors de ses études à Stanford, lors d’un événement avec la revue conservatrice de Thiel, Stanford Review, où il a rencontré Thiel. Par la suite, il a été recruté comme premier membre du hedge fund de Thiel. L’entretien d’embauche dans un steakhouse à Palo Alto, Sundance, dura quatre heures, une véritable odyssée intellectuelle.
« Sa vision allait du philosophe politique à la théorie de l’entrepreneuriat, et ses perspectives sur chaque sujet surpassaient tout ce que j’avais rencontré en quatre ans à Stanford. Sa connaissance était impressionnante par sa profondeur et sa largeur. »
Ce soir-là, Howery confia à une amie : « Je pense que je vais passer le reste de ma vie avec cette personne. »
Refusant un poste lucratif dans une banque d’investissement à New York, Howery a choisi de suivre Thiel, malgré l’opposition de beaucoup. Il a fait le choix inverse.
La naissance de PayPal et les luttes internes
L’aventure d’investissement de Thiel débuta avec Max Levchin, entrepreneur génial d’origine ukrainienne, spécialiste en cryptographie. Thiel investit 240 000 dollars dans un produit cryptographique pour PalmPilot développé par Levchin. Ce pari rapporta finalement 60 millions de dollars, marquant la première grande victoire de Thiel dans le capital-risque.
Levchin intégra Luke Nosek (alors en échec entrepreneurial), puis Thiel et Howery. La plus prestigieuse équipe de startup de Silicon Valley prit forme. La société, initialement nommée Confinity, fusionna avec X.com, fondée par Elon Musk, pour devenir PayPal.
Mais cette fusion ne fut pas qu’une simple intégration de systèmes : elle mit aussi en conflit des investisseurs. Michael Moritz de Sequoia Capital et Thiel se sont souvent affrontés.
En mars 2000, à l’approche de la bulle Internet. Thiel, anticipant la crise macroéconomique, força une levée de fonds de 100 millions de dollars en série C. Quelques jours plus tard, la bulle éclata, ruinant de nombreuses startups. La clairvoyance de Thiel s’avéra exacte.
Mais Thiel proposa aussi d’utiliser ces fonds pour faire des investissements macro de couverture, en pariant à la baisse lors du krach. Moritz s’y opposa violemment, votant contre en conseil d’administration.
« Si cette proposition était adoptée, je démissionnerais immédiatement. »
Thiel ne comprenait pas cette opposition, et une rivalité profonde naquit. Moritz finit par l’emporter, mais un investisseur confia plus tard : « Si on avait vraiment shorté à ce moment-là, le rendement aurait dépassé tous les bénéfices de PayPal. »
Les limites de Thiel, stratège et homme de pouvoir
En septembre 2000, une rébellion menée par l’équipe d’ingénieurs de Thiel força Elon Musk à quitter le poste de CEO (il avait déjà remplacé Bill Harris). Thiel, en tant que chef de cette rébellion, fit nommer Moritz comme CEO par intérim, avec cette condition : « Ce n’est qu’un poste temporaire. »
En réalité, Thiel ne voulait pas diriger PayPal à long terme. Sa force réside dans la stratégie, pas dans l’exécution. Moritz, insultant, mit en garde contre lui : « Il faut chercher un successeur. »
Ce jeu de pouvoir, où Thiel cherchait à dénigrer pour mieux louer, laissa des blessures profondes, annonçant la création de Founders Fund. En 2001, Thiel voulait accepter une offre d’eBay pour PayPal à 300 millions de dollars, mais Moritz insista pour une croissance indépendante. Résultat : eBay finit par proposer 1,5 milliard de dollars.
« Il vient du hedge fund, il veut toujours liquider et partir. » — Moritz.
Ce jugement reflète la divergence d’évaluation profonde entre eux.
De Clarium à Founders Fund
Pendant son temps chez PayPal, Thiel co-fonda aussi Thiel Capital International, un hedge fund macro. Les 60 millions de dollars issus de la vente de PayPal alimentèrent sa soif d’investissement.
En 2002, il créa Clarium Capital, un fonds macro parfaitement aligné avec sa pensée : comprendre les tendances macro-civilisationnelles et résister instinctivement aux consensus.
En trois ans, Clarium passa de 10 millions à 1,1 milliard de dollars. En 2003, il shorta le dollar, réalisant 65,6 % de profit, puis 57,1 % en 2005. Ces résultats lui donnèrent confiance pour transformer ses investissements angel en un fonds de capital-risque systématique.
« En regardant le portefeuille, le TRI atteignait 60-70 %. C’était le résultat d’un investissement à temps partiel. Qu’adviendrait-il si on le faisait sérieusement ? »
En 2004, Howery commença à lever un fonds initial de 50 millions de dollars. Il voulait l’appeler « Clarium Ventures », mais le financement institutionnel fut difficile.
« Aujourd’hui, tout le monde a un fonds de capital-risque, mais à l’époque, c’était très marginal. »
Les principaux investisseurs, comme la fondation de Stanford, n’étaient pas intéressés, et seulement 12 millions de dollars furent levés, dont 3,8 millions (76 %) par Thiel lui-même.
« La division du travail était simple : Peter apportait le capital, moi je fournissais l’effort. »
Premiers succès : Palantir et Facebook
Le succès de Clarium fut dû à deux investissements précoces, avant la levée de fonds.
Le premier fut Palantir. Fondée en 2003, cette société vit Thiel endosser à nouveau le rôle de fondateur et d’investisseur, en partenariat avec des ingénieurs de PayPal et de Clarium. En 2004, ils recrutèrent Alex Karp, un génie atypique, comme CEO.
Palantir s’inspira du « Seigneur des Anneaux » pour son nom, et appliqua la technologie anti-fraude de PayPal pour permettre aux utilisateurs d’extraire des insights de données variées. Thiel limita ses clients au gouvernement américain et ses alliés. « Après 9/11, il fallait concilier lutte contre le terrorisme et libertés civiles. »
Ce modèle, très orienté vers le secteur public, peina à lever des fonds. Les investisseurs doutaient de la lenteur des processus gouvernementaux, et même Michael Moritz, ancien ennemi, se désintéressa lors d’une réunion. La société obtint finalement 2 millions de dollars d’In-Q-Tel, la branche d’investissement de la CIA.
Plus tard, Founders Fund investit 165 millions de dollars, et en 2024, la valeur de ses parts atteignit 3,05 milliards de dollars, avec un rendement de 18,5x.
Le second investissement fut Facebook. En été 2004, Reid Hoffman, ami de PayPal, présenta à Thiel le jeune Mark Zuckerberg, 19 ans. La rencontre dans les bureaux de Clarium à San Francisco fut basée sur une analyse approfondie et une décision ferme.
« Nous avions étudié le secteur des réseaux sociaux. La décision n’était pas basée sur une impression lors de la réunion, mais sur notre analyse. »
Zuckerberg, en T-shirt et sandales Adidas, montrait une « maladresse sociale aspergique » — il ne cherchait pas à plaire, n’avait pas peur des termes financiers, et cela représentait la supériorité entrepreneuriale selon Thiel.
Thiel investit 500 000 dollars en obligations convertibles, avec pour condition la conversion en actions si 1,5 million d’utilisateurs étaient atteints d’ici décembre 2004, avec une participation de 10,2 %. Même si l’objectif n’était pas atteint, Thiel convertit ses obligations, ce qui lui rapporta finalement plus de 1 milliard de dollars.
La révolution de la philosophie fondatrice : l’entrepreneur friendly
En 2006, le fonds fut rebaptisé Founders Fund (sans l’article défini, comme Facebook). Quand Sean Parker, à 27 ans, devint partenaire, l’équipe était totalement renouvelée.
La philosophie centrale de Founders Fund était simple mais disruptive : ne jamais évincer le fondateur.
« C’est eux qui ont proposé cette idée de ‘founder-friendly’. La pratique courante en Silicon Valley était de rechercher des fondateurs techniques, puis d’embaucher des managers professionnels, pour finalement les évincer. Les investisseurs prenaient le contrôle. »
John Collison, CEO de Stripe, rappela que depuis les années 1970, Sequoia et Kleiner Perkins intervenaient activement dans la gestion, avec succès. Ce modèle « investisseur dominant » dura 30 ans. Don Valentine, fondateur de Sequoia, plaisantait même en disant qu’il fallait enfermer un fondateur ordinaire dans le sous-sol de la famille Manson.
La philosophie « entrepreneur-friendly » de Founders Fund ne se limitait pas à la différenciation : elle s’enracinait dans la vision, la philosophie et la conception du progrès de Thiel. Il croyait en la valeur du « sujet souverain » et considérait que briser les conventions était non seulement économiquement intelligent, mais aussi une menace pour la civilisation.
Sean Parker incarnait parfaitement cette idée, mais ses expériences passées chez Napster ou Plaxo suscitaient des inquiétudes chez certains LP. Même Moritz, ancien ennemi, s’opposa à cette nomination.
En 2006, lors de la levée du second fonds, une diapositive d’avertissement apparut lors de la réunion annuelle de Sequoia : « Fuyez Founders Fund ». Certains LP menacèrent de couper tout lien avec Sequoia si celui-ci investissait dans Founders.
Mais cet effet inverse se produisit :
« Les investisseurs se demandaient pourquoi Sequoia s’inquiétait autant. Cela envoyait un signal positif. »
En 2006, Founders Fund réussit à lever 227 millions de dollars, avec la fondation de Stanford en tête, obtenant ainsi sa première reconnaissance institutionnelle.
La complémentarité du team et le pari SpaceX
Les membres du team étaient parfaitement complémentaires. Thiel se concentrait sur la stratégie macro et l’évaluation. Luke Nosek apportait créativité et analyse. Sean Parker maîtrisait la logique des produits internet et excellait dans la négociation.
Outre le succès de Facebook et Palantir, ils investirent aussi dans Buddy Media (vendu 689 millions de dollars à Salesforce). Mais ils ratèrent YouTube, malgré le fait que ses fondateurs venaient tous de PayPal, devancés par Lo Roif Bossa de Sequoia.
En 2008, lors d’un mariage, Thiel retrouva Elon Musk, ancien ennemi, devenu ami. À l’époque, Musk dirigeait Tesla et SpaceX.
Face à la course à l’innovation, Thiel commença à perdre intérêt pour le secteur consumer internet. Il s’intéressait à la théorie de Gérard « mimetic desire » : le désir humain naît de la copie des autres, non de la valeur intrinsèque.
« Toutes les entreprises à succès sont différentes, résolvent des problèmes uniques pour obtenir un monopole. Toutes les entreprises échouées se ressemblent, incapables d’échapper à la concurrence. »
Thiel appliqua cette philosophie à ses investissements : explorer des domaines inexplorés ou inaccessibles aux autres.
Il se tourna vers la haute technologie — des entreprises bâtissant le monde atomique. Mais cette stratégie eut un coût : après Facebook, Founders Fund passa à côté de Twitter, Pinterest, WhatsApp, Instagram, Snapchat, etc.
« Voulez-vous échanger toutes ces opportunités manquées contre SpaceX ? »
Après cette rencontre en 2008, Thiel proposa d’investir 5 millions de dollars dans SpaceX. À l’époque, SpaceX avait connu trois échecs de lancement et manquait de fonds.
Parker, prudent face à l’incertitude, fut convaincu par ses partenaires, notamment Nosek, qui insista pour augmenter l’investissement à 20 millions (près de 10 % du second fonds), avec une valorisation de 315 millions de dollars, ce qui devint le plus gros investissement de Founders Fund, et une décision très judicieuse.
« C’était très controversé, beaucoup de LP pensaient qu’on était fous. »
Mais l’équipe croyait au potentiel de Musk et de ses technologies. Finalement, cet investissement devint le meilleur de tout le fonds, multipliant par 4 la participation.
Un LP célèbre, lié à Founders Fund, refusa de continuer après cela. Mais en 2024, le fonds aura investi 600 millions de dollars dans SpaceX (deuxième plus gros position après Palantir), et lors du rachat d’actions internes à une valorisation de 350 milliards de dollars, la valeur de la participation atteindra 18,2 milliards, avec un rendement de 27,1x.
La philosophie d’investissement : monopole et différenciation
L’essence de l’empire d’investissement de Thiel ne se limite pas à la gestion de fonds, mais incarne une philosophie solide : la conviction que le monopole — se différencier pour dominer le marché — est la clé du succès.
Dans le capital-risque, parler de monopole est difficile, mais Thiel a habilement intégré cette idée dans sa stratégie. Résultat : il a exploré des domaines ignorés par d’autres, parfois critiqués par l’industrie, mais en restant fidèle à ses principes.
Le succès de Founders Fund ne repose pas sur la chance, mais sur une stratégie fondée sur cette philosophie unique, qui guide ses décisions et ses investissements.
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De l'Empire des Bitcoins à la stratégie Hard Tech : le parcours de l'empire d'investissement construit par Peter Thiel
_Source originale du podcast : [The Generalist Podcast]( Traduction et montage : ChainCatcher
Aperçu
Points clés
L’architecte de la stratégie au cœur du pouvoir
Le 20 janvier 2025, le jour où les personnes les plus influentes des États-Unis se sont rassemblées au Capitole. La présence de Peter Thiel lui-même n’était pas visible, mais son influence était partout.
Ancien subordonné devenu vice-président, ancien camarade de promo en IA et crypto-monnaies, fondateur de la première startup angel, Mark Zuckerberg, et Elon Musk, le top des milliardaires mondiaux — tous semblaient être placés dans la vie selon la vision d’un seul penseur : Peter Thiel.
Reconnu comme un génie des échecs, Thiel déployait stratégiquement ses talents comme on déploie des pièces sur un échiquier. Disparu mystérieusement pendant plusieurs mois, il réapparaissait soudainement pour lancer des jugements d’investissement aigus ou des prévisions — un comportement apparemment chaotique, mais dont la véritable clairvoyance se révélait avec le temps.
Founders Fund est le centre du pouvoir, de l’influence et des actifs de Thiel. Créé en 2005 par une équipe peu expérimentée avec 50 millions de dollars, il est devenu aujourd’hui un acteur majeur de plusieurs milliards de dollars en Silicon Valley. Son portefeuille d’investissements est connu pour susciter beaucoup de controverses.
La trilogie des rendements records dans le capital-risque
Les performances illustrent la stratégie spectaculaire de Founders Fund. Les trois fonds de 2007, 2010 et 2011 ont réalisé des résultats sans précédent dans l’industrie du capital-risque :
Investissements concentrés dans SpaceX, Bitcoin, Palantir, Anduril, Stripe, Facebook, Airbnb, etc., ont permis d’obtenir ces retours exceptionnels.
La force magnétique de Thiel et ses sources d’inspiration
Le pouvoir de Thiel ne réside pas dans sa capacité à parler en public, mais dans sa pensée profonde et multidisciplinaire. Peu d’intellectuels peuvent, comme lui, naviguer avec élégance entre la philosophie antique (Lucrèce), Ted Kaczynski, le théorème de Fermat, tout en discutant de l’essence des startups ou de la valeur des entreprises monopolistiques.
Ken Howery et Luke Nosek, co-fondateurs depuis plusieurs années, ont été séduits par cette pensée dès avant la création de Thiel. La « révélation » de Howery est survenue lors de ses études à Stanford, lors d’un événement avec la revue conservatrice de Thiel, Stanford Review, où il a rencontré Thiel. Par la suite, il a été recruté comme premier membre du hedge fund de Thiel. L’entretien d’embauche dans un steakhouse à Palo Alto, Sundance, dura quatre heures, une véritable odyssée intellectuelle.
« Sa vision allait du philosophe politique à la théorie de l’entrepreneuriat, et ses perspectives sur chaque sujet surpassaient tout ce que j’avais rencontré en quatre ans à Stanford. Sa connaissance était impressionnante par sa profondeur et sa largeur. »
Ce soir-là, Howery confia à une amie : « Je pense que je vais passer le reste de ma vie avec cette personne. »
Refusant un poste lucratif dans une banque d’investissement à New York, Howery a choisi de suivre Thiel, malgré l’opposition de beaucoup. Il a fait le choix inverse.
La naissance de PayPal et les luttes internes
L’aventure d’investissement de Thiel débuta avec Max Levchin, entrepreneur génial d’origine ukrainienne, spécialiste en cryptographie. Thiel investit 240 000 dollars dans un produit cryptographique pour PalmPilot développé par Levchin. Ce pari rapporta finalement 60 millions de dollars, marquant la première grande victoire de Thiel dans le capital-risque.
Levchin intégra Luke Nosek (alors en échec entrepreneurial), puis Thiel et Howery. La plus prestigieuse équipe de startup de Silicon Valley prit forme. La société, initialement nommée Confinity, fusionna avec X.com, fondée par Elon Musk, pour devenir PayPal.
Mais cette fusion ne fut pas qu’une simple intégration de systèmes : elle mit aussi en conflit des investisseurs. Michael Moritz de Sequoia Capital et Thiel se sont souvent affrontés.
En mars 2000, à l’approche de la bulle Internet. Thiel, anticipant la crise macroéconomique, força une levée de fonds de 100 millions de dollars en série C. Quelques jours plus tard, la bulle éclata, ruinant de nombreuses startups. La clairvoyance de Thiel s’avéra exacte.
Mais Thiel proposa aussi d’utiliser ces fonds pour faire des investissements macro de couverture, en pariant à la baisse lors du krach. Moritz s’y opposa violemment, votant contre en conseil d’administration.
« Si cette proposition était adoptée, je démissionnerais immédiatement. »
Thiel ne comprenait pas cette opposition, et une rivalité profonde naquit. Moritz finit par l’emporter, mais un investisseur confia plus tard : « Si on avait vraiment shorté à ce moment-là, le rendement aurait dépassé tous les bénéfices de PayPal. »
Les limites de Thiel, stratège et homme de pouvoir
En septembre 2000, une rébellion menée par l’équipe d’ingénieurs de Thiel força Elon Musk à quitter le poste de CEO (il avait déjà remplacé Bill Harris). Thiel, en tant que chef de cette rébellion, fit nommer Moritz comme CEO par intérim, avec cette condition : « Ce n’est qu’un poste temporaire. »
En réalité, Thiel ne voulait pas diriger PayPal à long terme. Sa force réside dans la stratégie, pas dans l’exécution. Moritz, insultant, mit en garde contre lui : « Il faut chercher un successeur. »
Ce jeu de pouvoir, où Thiel cherchait à dénigrer pour mieux louer, laissa des blessures profondes, annonçant la création de Founders Fund. En 2001, Thiel voulait accepter une offre d’eBay pour PayPal à 300 millions de dollars, mais Moritz insista pour une croissance indépendante. Résultat : eBay finit par proposer 1,5 milliard de dollars.
« Il vient du hedge fund, il veut toujours liquider et partir. » — Moritz.
Ce jugement reflète la divergence d’évaluation profonde entre eux.
De Clarium à Founders Fund
Pendant son temps chez PayPal, Thiel co-fonda aussi Thiel Capital International, un hedge fund macro. Les 60 millions de dollars issus de la vente de PayPal alimentèrent sa soif d’investissement.
En 2002, il créa Clarium Capital, un fonds macro parfaitement aligné avec sa pensée : comprendre les tendances macro-civilisationnelles et résister instinctivement aux consensus.
En trois ans, Clarium passa de 10 millions à 1,1 milliard de dollars. En 2003, il shorta le dollar, réalisant 65,6 % de profit, puis 57,1 % en 2005. Ces résultats lui donnèrent confiance pour transformer ses investissements angel en un fonds de capital-risque systématique.
« En regardant le portefeuille, le TRI atteignait 60-70 %. C’était le résultat d’un investissement à temps partiel. Qu’adviendrait-il si on le faisait sérieusement ? »
En 2004, Howery commença à lever un fonds initial de 50 millions de dollars. Il voulait l’appeler « Clarium Ventures », mais le financement institutionnel fut difficile.
« Aujourd’hui, tout le monde a un fonds de capital-risque, mais à l’époque, c’était très marginal. »
Les principaux investisseurs, comme la fondation de Stanford, n’étaient pas intéressés, et seulement 12 millions de dollars furent levés, dont 3,8 millions (76 %) par Thiel lui-même.
« La division du travail était simple : Peter apportait le capital, moi je fournissais l’effort. »
Premiers succès : Palantir et Facebook
Le succès de Clarium fut dû à deux investissements précoces, avant la levée de fonds.
Le premier fut Palantir. Fondée en 2003, cette société vit Thiel endosser à nouveau le rôle de fondateur et d’investisseur, en partenariat avec des ingénieurs de PayPal et de Clarium. En 2004, ils recrutèrent Alex Karp, un génie atypique, comme CEO.
Palantir s’inspira du « Seigneur des Anneaux » pour son nom, et appliqua la technologie anti-fraude de PayPal pour permettre aux utilisateurs d’extraire des insights de données variées. Thiel limita ses clients au gouvernement américain et ses alliés. « Après 9/11, il fallait concilier lutte contre le terrorisme et libertés civiles. »
Ce modèle, très orienté vers le secteur public, peina à lever des fonds. Les investisseurs doutaient de la lenteur des processus gouvernementaux, et même Michael Moritz, ancien ennemi, se désintéressa lors d’une réunion. La société obtint finalement 2 millions de dollars d’In-Q-Tel, la branche d’investissement de la CIA.
Plus tard, Founders Fund investit 165 millions de dollars, et en 2024, la valeur de ses parts atteignit 3,05 milliards de dollars, avec un rendement de 18,5x.
Le second investissement fut Facebook. En été 2004, Reid Hoffman, ami de PayPal, présenta à Thiel le jeune Mark Zuckerberg, 19 ans. La rencontre dans les bureaux de Clarium à San Francisco fut basée sur une analyse approfondie et une décision ferme.
« Nous avions étudié le secteur des réseaux sociaux. La décision n’était pas basée sur une impression lors de la réunion, mais sur notre analyse. »
Zuckerberg, en T-shirt et sandales Adidas, montrait une « maladresse sociale aspergique » — il ne cherchait pas à plaire, n’avait pas peur des termes financiers, et cela représentait la supériorité entrepreneuriale selon Thiel.
Thiel investit 500 000 dollars en obligations convertibles, avec pour condition la conversion en actions si 1,5 million d’utilisateurs étaient atteints d’ici décembre 2004, avec une participation de 10,2 %. Même si l’objectif n’était pas atteint, Thiel convertit ses obligations, ce qui lui rapporta finalement plus de 1 milliard de dollars.
La révolution de la philosophie fondatrice : l’entrepreneur friendly
En 2006, le fonds fut rebaptisé Founders Fund (sans l’article défini, comme Facebook). Quand Sean Parker, à 27 ans, devint partenaire, l’équipe était totalement renouvelée.
La philosophie centrale de Founders Fund était simple mais disruptive : ne jamais évincer le fondateur.
« C’est eux qui ont proposé cette idée de ‘founder-friendly’. La pratique courante en Silicon Valley était de rechercher des fondateurs techniques, puis d’embaucher des managers professionnels, pour finalement les évincer. Les investisseurs prenaient le contrôle. »
John Collison, CEO de Stripe, rappela que depuis les années 1970, Sequoia et Kleiner Perkins intervenaient activement dans la gestion, avec succès. Ce modèle « investisseur dominant » dura 30 ans. Don Valentine, fondateur de Sequoia, plaisantait même en disant qu’il fallait enfermer un fondateur ordinaire dans le sous-sol de la famille Manson.
La philosophie « entrepreneur-friendly » de Founders Fund ne se limitait pas à la différenciation : elle s’enracinait dans la vision, la philosophie et la conception du progrès de Thiel. Il croyait en la valeur du « sujet souverain » et considérait que briser les conventions était non seulement économiquement intelligent, mais aussi une menace pour la civilisation.
Sean Parker incarnait parfaitement cette idée, mais ses expériences passées chez Napster ou Plaxo suscitaient des inquiétudes chez certains LP. Même Moritz, ancien ennemi, s’opposa à cette nomination.
En 2006, lors de la levée du second fonds, une diapositive d’avertissement apparut lors de la réunion annuelle de Sequoia : « Fuyez Founders Fund ». Certains LP menacèrent de couper tout lien avec Sequoia si celui-ci investissait dans Founders.
Mais cet effet inverse se produisit :
« Les investisseurs se demandaient pourquoi Sequoia s’inquiétait autant. Cela envoyait un signal positif. »
En 2006, Founders Fund réussit à lever 227 millions de dollars, avec la fondation de Stanford en tête, obtenant ainsi sa première reconnaissance institutionnelle.
La complémentarité du team et le pari SpaceX
Les membres du team étaient parfaitement complémentaires. Thiel se concentrait sur la stratégie macro et l’évaluation. Luke Nosek apportait créativité et analyse. Sean Parker maîtrisait la logique des produits internet et excellait dans la négociation.
Outre le succès de Facebook et Palantir, ils investirent aussi dans Buddy Media (vendu 689 millions de dollars à Salesforce). Mais ils ratèrent YouTube, malgré le fait que ses fondateurs venaient tous de PayPal, devancés par Lo Roif Bossa de Sequoia.
En 2008, lors d’un mariage, Thiel retrouva Elon Musk, ancien ennemi, devenu ami. À l’époque, Musk dirigeait Tesla et SpaceX.
Face à la course à l’innovation, Thiel commença à perdre intérêt pour le secteur consumer internet. Il s’intéressait à la théorie de Gérard « mimetic desire » : le désir humain naît de la copie des autres, non de la valeur intrinsèque.
« Toutes les entreprises à succès sont différentes, résolvent des problèmes uniques pour obtenir un monopole. Toutes les entreprises échouées se ressemblent, incapables d’échapper à la concurrence. »
Thiel appliqua cette philosophie à ses investissements : explorer des domaines inexplorés ou inaccessibles aux autres.
Il se tourna vers la haute technologie — des entreprises bâtissant le monde atomique. Mais cette stratégie eut un coût : après Facebook, Founders Fund passa à côté de Twitter, Pinterest, WhatsApp, Instagram, Snapchat, etc.
« Voulez-vous échanger toutes ces opportunités manquées contre SpaceX ? »
Après cette rencontre en 2008, Thiel proposa d’investir 5 millions de dollars dans SpaceX. À l’époque, SpaceX avait connu trois échecs de lancement et manquait de fonds.
Parker, prudent face à l’incertitude, fut convaincu par ses partenaires, notamment Nosek, qui insista pour augmenter l’investissement à 20 millions (près de 10 % du second fonds), avec une valorisation de 315 millions de dollars, ce qui devint le plus gros investissement de Founders Fund, et une décision très judicieuse.
« C’était très controversé, beaucoup de LP pensaient qu’on était fous. »
Mais l’équipe croyait au potentiel de Musk et de ses technologies. Finalement, cet investissement devint le meilleur de tout le fonds, multipliant par 4 la participation.
Un LP célèbre, lié à Founders Fund, refusa de continuer après cela. Mais en 2024, le fonds aura investi 600 millions de dollars dans SpaceX (deuxième plus gros position après Palantir), et lors du rachat d’actions internes à une valorisation de 350 milliards de dollars, la valeur de la participation atteindra 18,2 milliards, avec un rendement de 27,1x.
La philosophie d’investissement : monopole et différenciation
L’essence de l’empire d’investissement de Thiel ne se limite pas à la gestion de fonds, mais incarne une philosophie solide : la conviction que le monopole — se différencier pour dominer le marché — est la clé du succès.
Dans le capital-risque, parler de monopole est difficile, mais Thiel a habilement intégré cette idée dans sa stratégie. Résultat : il a exploré des domaines ignorés par d’autres, parfois critiqués par l’industrie, mais en restant fidèle à ses principes.
Le succès de Founders Fund ne repose pas sur la chance, mais sur une stratégie fondée sur cette philosophie unique, qui guide ses décisions et ses investissements.