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La politique de tarifs de 25 % de Trump reshape le commerce mondial : pourquoi l'Iran et l'Irak font face à des résultats différents
Lorsque le président Donald Trump a annoncé, le 12 janvier 2026, des tarifs douaniers généralisés de 25 %, ciblant tout pays commerçant avec l’Iran, cette décision a immédiatement révélé une erreur de perception cruciale : bien que voisins au Moyen-Orient, l’Iran et l’Irak occupent des positions très différentes dans les réseaux commerciaux mondiaux. L’Iran, puissance pétrolière et pétrochimique sous sanctions, dépend fortement d’un nombre restreint de partenaires commerciaux, tandis que l’Irak — encore en reconstruction économique — dépend des importations en provenance d’Iran pour des biens essentiels et de l’énergie. Comprendre cette distinction est essentiel pour analyser comment la politique tarifaire de Trump résonnera au Moyen-Orient et au-delà.
L’administration Trump a présenté ces tarifs comme une pression sur le gouvernement iranien, confronté à des protestations populaires massives dans un contexte de difficultés économiques. La politique vise à isoler davantage l’Iran de l’économie mondiale tout en envoyant un signal à ses partenaires commerciaux que continuer à faire des affaires avec Téhéran comporte des coûts importants.
Iran et Irak : Deux économies distinctes sous pression
L’annonce tarifaire a immédiatement mis en lumière la complexité de l’économie régionale. L’Irak importe environ 10,5 milliards de dollars par an de biens en provenance d’Iran — notamment de la nourriture, des matériaux de construction, des pétrochimiques, des appareils électroménagers, et surtout du gaz naturel pour la production d’électricité. La dépendance de l’Irak à l’énergie iranienne n’est pas un choix stratégique, mais une nécessité due à une infrastructure fragile et à une instabilité politique persistante. Lorsque la pression américaine a conduit Bagdad à suspendre ses importations de gaz iranien, le pays a connu d’importantes coupures d’électricité, illustrant comment la politique tarifaire a des conséquences humanitaires immédiates dans la région.
À l’inverse, l’Iran fonctionne principalement comme un exportateur de pétrole et de produits énergétiques. La Chine achète à elle seule 89 % des exportations pétrolières iraniennes et importe pour 14,5 milliards de dollars de biens iraniens en octobre 2025, rendant Téhéran dépendant de la coopération continue de Pékin. Cette concentration du marché d’exportation crée une vulnérabilité, mais constitue aussi la principale bouée de sauvetage de l’Iran face aux sanctions internationales.
La politique tarifaire place l’Irak dans une position particulièrement difficile. La formation du gouvernement irakien implique des factions historiquement proches de l’Iran, et beaucoup d’Irakiens perçoivent les nouvelles mesures américaines comme une tentative de Washington d’imposer sa volonté dans la région. Cette perception pourrait renforcer les éléments radicaux au sein du paysage politique irakien, compliquant la stabilisation à long terme des intérêts américains dans le pays.
Chine, Turquie et Émirats arabes unis : partenaires stratégiques pris entre Washington et Téhéran
La position de la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran, en fait la cible principale de la nouvelle politique de Trump. L’annonce semble avoir surpris le président Xi Jinping, d’autant plus que les deux dirigeants avaient négocié, en octobre 2025, un accord commercial réduisant les tarifs américains sur les produits chinois de 57 % à 47 %. En échange, la Chine avait suspendu ses restrictions à l’exportation d’éléments de terres rares (REE) et s’était engagée à augmenter ses achats agricoles auprès des États-Unis.
Le virage soudain de Trump vers des tarifs liés à l’Iran menace cette fragile détente. La Chine pourrait répliquer en suspendant ses importations de produits agricoles américains — représentant des milliards de dollars chaque année — et en restreignant ses exportations de terres rares. De telles mesures dévasteraient les agriculteurs américains, un électorat clé pour Trump, et pourraient paralyser certains secteurs manufacturiers américains dépendant des aimants en terres rares chinois. En mai 2025, Ford avait temporairement arrêté la production de son usine de Chicago en raison de pénuries d’aimants liés aux contrôles à l’exportation chinois, illustrant les risques de perturbations potentielles.
Le secteur aéronautique est particulièrement vulnérable. Boeing négocie la vente de 500 avions à des compagnies chinoises, une opération valant plusieurs dizaines de milliards de dollars. Toute rétorsion chinoise pourrait retarder ces commandes indéfiniment ou rediriger les achats vers Airbus, concurrents de Boeing, ce qui ferait baisser le cours de l’action de Boeing et l’emploi dans le secteur aéronautique américain.
Les Émirats arabes unis, malgré leur signature des Accords d’Abraham et leur partenariat stratégique avec les États-Unis, ont récemment importé pour 7,5 milliards de dollars de biens iraniens. Émirates Airlines et FlyDubai, grands clients de Boeing, leur donnent une influence à Washington. Si la coopération sécuritaire devrait perdurer, une hausse des ventes d’Airbus pourrait faire pression sur Boeing et entraîner des efforts de lobbying pour modifier la politique américaine.
La Turquie constitue une autre complication. Alliée de l’OTAN avec 7,3 milliards de dollars d’échanges annuels avec l’Iran, elle a annoncé d’importantes commandes à Boeing, mais ses contraintes économiques limitent ses capacités de représailles. Le retard potentiel dans l’achat d’un Boeing 787 par Turkish Airlines, en attente d’enquêtes sur le crash du vol Air India 171, ajoute une incertitude supplémentaire pour le secteur aéronautique.
L’Asie du Sud et Centrale face à l’incertitude nouvelle
L’Inde reflète la complexité des défis pour les économies émergentes. Avec 1,7 milliard de dollars d’échanges annuels avec l’Iran et en tant que 11e partenaire commercial des États-Unis, avec un commerce bilatéral de 131,8 milliards de dollars en 2024–25, l’Inde doit faire face à des choix difficiles. Delhi négocie déjà pour prolonger une dérogation aux sanctions concernant le port de Chabahar, qui donne un accès vital à l’Afghanistan et à l’Asie centrale. Les tarifs élevés sur les produits américains pourraient perdurer jusqu’à ce que la politique américaine se stabilise, en coordination avec Pékin.
Le Pakistan, qui commerce pour 2,4 milliards de dollars avec l’Iran, pourrait chercher à obtenir des concessions en engageant des responsables américains. Certains analystes pensent que le Pakistan pourrait profiter si l’Afghanistan redirige ses échanges via des intermédiaires pakistanais, permettant à Islamabad d’obtenir des concessions sécuritaires tout en gérant son exposition économique.
L’Afghanistan, sous gouvernance talibane, échange environ 2,5 milliards de dollars avec l’Iran chaque année. La nouvelle politique tarifaire pourrait être perçue comme un signal de Washington sur sa nouvelle orientation, influençant la perception de Kaboul quant à ses futurs engagements diplomatiques avec les États-Unis.
D’autres nations dépendantes du commerce avec l’Iran subissent une pression croissante. Oman, avec 1,8 milliard de dollars d’échanges annuels, joue un rôle diplomatique clé mais ne dispose pas de capacités de représailles. le Turkménistan, avec 1,2 milliard de dollars de commerce et des plans d’expansion à 3 milliards, reste fortement dépendant du marché chinois du gaz naturel, ce qui signifie que les sanctions américaines risquent d’accentuer cette dépendance plutôt que de la réduire.
Les républiques d’Asie centrale — Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan et Tadjikistan — renforcent activement leurs liens économiques avec l’Iran via de nouvelles routes commerciales et accords. Trump a récemment accueilli le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev et invité lui et le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev au sommet du G20 2026 à Miami, témoignant de l’intention de développer ces relations régionales. Cependant, ces dirigeants restent prudents, surveillant tout changement soudain de la politique américaine qui pourrait bouleverser leurs stratégies économiques.
La Russie, officiellement avec 1,2 milliard de dollars de commerce avec l’Iran (sans doute sous-estimé), ne semble pas très préoccupée par ces tarifs. Le président Vladimir Poutine considère cette mesure comme visant principalement la Chine et ses alliés plutôt que la Russie elle-même.
Contre-mesures potentielles et leurs répercussions mondiales
La politique tarifaire pourrait entraîner des représailles prévisibles. La Chine pourrait bloquer ses importations de légumes américains, d’une valeur de 20,5 milliards de dollars, et restreindre davantage ses exportations de terres rares, perturbant la fabrication militaire et commerciale. D’autres pays pourraient coordonner des retards dans la livraison d’avions Boeing, en utilisant l’enquête sur le vol Air India 171 comme prétexte diplomatique, en attendant une modification de la politique américaine.
Ces pressions économiques interconnectées illustrent un défi fondamental : l’effort de Trump pour isoler l’Iran isole aussi ses principaux alliés et partenaires américains, contraignant ces nations à faire des choix difficiles entre survie économique et conformité aux exigences de Washington. Les pays avec peu de levier — comme l’Irak et le Pakistan — subissent la pression de choisir entre leur survie économique et leur alignement sur la politique américaine. Les nations plus riches, comme la Chine et les Émirats, disposent de moyens de rétorsion qui pourraient infliger des coûts importants aux travailleurs et entreprises américains.
L’efficacité ultime de cette politique dépendra de la capacité de l’administration Trump à maintenir la coopération des alliés, tout en résistant aux résistances de la Chine et d’autres. Les premières indications suggèrent une confrontation commerciale prolongée, l’Iran restant largement à l’abri grâce à ses relations commerciales déjà limitées, tandis que ses voisins, notamment l’Irak et d’autres régions, absorberont la majeure partie des impacts immédiats de cette politique.