Le cessez-le-feu ne modifie pas les contraintes d'approvisionnement à court terme, et le choc énergétique accélère la transition vers un point d'inflexion

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Le 7 avril, sous médiation du Pakistan, la République islamique d’Iran et les États-Unis ont conclu un accord de cessez-le-feu temporaire d’une durée de deux semaines. Sous l’effet de cette nouvelle, les cours internationaux du pétrole ont chuté de près de 15 % ; le Brent et les contrats à terme sur le WTI se sont repliés vers les 95 dollars le baril, le WTI enregistrant la plus forte baisse quotidienne en près de six ans ; les actifs à risque ont rapidement rebondi.

La réaction intense du marché montre que la prime de risque géopolitique extrême, jusque-là intégrée dans les prix des actifs, est en train de retomber rapidement. Il faut toutefois souligner que ce recul ne constitue qu’une compensation temporaire de la prime de risque, et non une amélioration fondamentale et durable de la dynamique offre-demande. La signification majeure du cessez-le-feu réside dans le fait qu’il élimine le risque « apocalyptique » à court terme, tel que la guerre totale ou le blocus de l’ensemble du Golfe. Mais cela ne veut pas dire que la crise énergétique s’apaise fortement : cela fait entrer le marché dans une nouvelle phase, une période douloureuse où l’offre reste continuellement limitée, où le prix du pétrole fluctue à des niveaux élevés, et où le risque de pénurie physique demeure.

D’abord, au regard des détails de l’accord, les parties iranienne et américaine présentent des formulations sensiblement divergentes concernant les conditions du cessez-le-feu. Les États-Unis mettent l’accent sur le fait que l’Iran accepte d’ouvrir le détroit et de poser les bases d’un accord de long terme, tandis que l’Iran souligne que la base des négociations sera le plan en 10 points qu’il a proposé, et que le droit de passage dans le détroit sera intégré à un système de souveraineté et de cartes de négociation.

Ensuite, pendant le conflit, les infrastructures énergétiques de la région du Golfe ont subi des dommages à des degrés divers : le raffinage, le transport et les capacités d’exportation ont tous été affectés. Même si le cessez-le-feu est conclu, le rétablissement de la production nécessite encore du temps.

En outre, l’Iran met en œuvre un système de péage et de licences pour le passage dans le détroit : même si le détroit d’Hormuz rétablit la navigation, la nature du régime se rapproche davantage d’une ouverture assortie de conditions que d’un passage entièrement libre ; par ailleurs, les entreprises de transport maritime ont tendance à rester prudentes tant que la sécurité n’a pas été vérifiée.

Ainsi, du seul point de vue physique, l’ampleur de l’impact énergétique de ce cycle ne pourra guère être sensiblement atténuée par un cessez-le-feu temporaire. À l’heure actuelle, le déficit énergétique mondial dépasse encore la somme des trois chocs énergétiques de 1973, 1979 et 2022 ; si l’entrave au détroit se prolonge, le volume de pénuries de pétrole brut et de produits raffinés en avril atteindra le double de celui de mars. L’incertitude liée au rétablissement de l’offre fait que le risque de « mois d’avril noir » sur le marché énergétique mondial n’a pas disparu : il s’est seulement déplacé d’un scénario d’interruption extrême de l’approvisionnement vers celui de perturbations à haute fréquence. Dans ce contexte, la marge de baisse du prix du pétrole sera limitée par les contraintes d’offre, tandis que la volatilité restera élevée.

Mais ce qu’il convient de surveiller, c’est que le choc énergétique n’apporte pas seulement des risques importants à court terme : il redessine aussi la configuration énergétique de long terme. L’expérience historique a déjà montré que, à chaque crise énergétique, les technologies de substitution deviennent souvent un catalyseur clé.

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