JPMorgan décrypte les tensions géopolitiques : pourquoi les institutions se désengagent des ETF sur l’or au profit du BTC

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Mis à jour: 2026-03-19 12:37

En mars 2026, les tensions géopolitiques se sont à nouveau imposées comme un véritable test de résilience pour les actifs. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février, les marchés de capitaux mondiaux ont observé une migration de fonds inhabituelle. Selon le dernier rapport de JPMorgan, le plus grand ETF adossé à l’or—SPDR Gold Shares (GLD)—a enregistré environ 2,7 % de sorties d’actifs, tandis que le plus important ETF Bitcoin au comptant—iShares Bitcoin Trust (IBIT)—a connu environ 1,5 % d’entrées d’actifs sur la même période.

Ces données marquent un renversement de la dynamique qui favorisait les ETF or par rapport aux ETF Bitcoin depuis le lancement de ces derniers en 2024. Lorsque l’"ultime valeur refuge" traditionnelle subit des rachats, tandis que l’actif très volatil surnommé "or numérique" attire les faveurs, la réalité est bien plus complexe qu’un simple "l’un monte, l’autre baisse". Cela traduit une transformation profonde de la définition de la "couverture" dans la théorie moderne du portefeuille.

Comment les conflits géopolitiques influencent les flux de capitaux des ETF majeurs

Pour comprendre la divergence actuelle, il faut l’analyser dans une perspective temporelle et causale plus large. En 2025, l’or a connu une année exceptionnelle, avec une hausse de plus de 60 % de son prix, soutenue par la poursuite des achats des banques centrales et une demande accrue pour les valeurs refuges. En février 2026, les encours mondiaux des ETF or ont atteint un record de 4 171 tonnes, pour une gestion d’actifs culminant à 701 milliards de dollars.

Cependant, le déclenchement de la guerre a marqué un tournant. Si l’or a d’abord affiché une faible volatilité et une forte résilience refuge durant le conflit, les flux réels de capitaux institutionnels ont raconté une autre histoire. Les analystes de JPMorgan relèvent que, depuis les frappes aériennes américaines et britanniques sur l’Iran le 27 février, la dynamique des flux s’est inversée, annulant l’avantage des ETF or sur les ETF Bitcoin accumulé depuis le début de l’année. Parallèlement, le cours du Bitcoin a rebondi fortement après la tourmente initiale, regagnant rapidement le terrain perdu. Cette combinaison d’un "rebond en V profond" et de "flux entrants continus sur les ETF" suggère que les capitaux institutionnels ne se contentent pas de suivre la tendance, mais exploitent la volatilité pour renforcer leurs positions.

Les mécanismes fondamentaux de la divergence des capitaux

La force motrice de ce changement structurel réside dans la redéfinition du rôle de chaque actif au sein des portefeuilles institutionnels.

Le statut de valeur refuge de l’or repose sur sa stabilité physique : faible volatilité, absence de risque de crédit et faible corrélation avec le système financier. Lorsqu’un conflit géopolitique éclate, le réflexe premier des investisseurs est souvent de rechercher de la liquidité plutôt que de sélectionner des actifs spécifiques. L’or sert alors principalement de tampon de liquidité lors d’événements extrêmes.

La montée en puissance du Bitcoin, à l’inverse, s’explique par sa capacité à couvrir un autre type de risque : le risque souverain et les contrôles de capitaux. Comme cela a été observé lors des contrôles de capitaux en Grèce en 2015 ou lors de la crise monétaire vénézuélienne, la fonction de "refuge" du Bitcoin se manifeste généralement lorsque les systèmes financiers traditionnels vacillent. Le rapport de JPMorgan met également en lumière ce glissement subtil : bien que l’intérêt vendeur institutionnel sur Bitcoin ait récemment augmenté (notamment chez les hedge funds), la progression des détentions institutionnelles et l’amélioration de la liquidité du marché entraînent des signes de compression de la volatilité.

Cette compression est cruciale. En théorie, si la volatilité du Bitcoin devait chuter au niveau de celle de l’or, son prix devrait atteindre environ 266 000 dollars pour égaler l’échelle d’investissement de l’or. Si cet objectif paraît hors de portée à court terme, il illustre néanmoins la logique fondamentale de l’allocation institutionnelle au Bitcoin : l’attractivité ajustée au risque de l’actif est en hausse.

Le coût de marché de la migration structurelle

La migration des capitaux de l’or vers le Bitcoin n’est pas sans conséquences. Elle redéfinit le profil risque/rendement du marché.

Premièrement, le Bitcoin traverse les affres de son "institutionnalisation", avec une volatilité qui commence à se comprimer. Historiquement, la volatilité annualisée du Bitcoin oscillait entre 40 % et 70 %, contre environ 15 % pour l’or. À mesure que les ETF portés par des géants comme BlackRock ou Fidelity s’imposent comme outils d’allocation, la microstructure du marché du Bitcoin évolue. Si l’effet de levier élevé sur les marchés dérivés peut encore provoquer des "flash crashs" lors d’événements soudains, la part des détenteurs de long terme—fonds de pension, family offices accédant via ETF—augmente. Ces investisseurs se révèlent particulièrement fidèles. Ce choc entre "nouveaux et anciens capitaux" engendre des comportements de prix contrastés : les traders à effet de levier peuvent déclencher des ventes massives, tandis que les capitaux institutionnels profitent des replis pour renforcer leurs positions.

Deuxièmement, les ETF or perdent leur monopole d’"unique outil refuge". En février, les ETF or mondiaux affichaient encore 5,3 milliards de dollars de souscriptions nettes, mais une analyse plus fine montre que ces flux étaient concentrés en Amérique du Nord, tandis que l’Europe enregistrait 1,8 milliard de dollars de sorties. Ces sorties, principalement au Royaume-Uni, coïncidaient avec la première semaine suivant le début de la guerre. Cela suggère que certaines institutions européennes remplacent une partie de leur exposition aux ETF or par des ETF Bitcoin.

Des implications profondes pour l’industrie crypto

Cette divergence traduit un repositionnement fondamental des institutions au sein de l’écosystème Web3 et crypto.

Le Bitcoin passe du statut d’"actif alternatif marginal" à celui "d’infrastructure de portefeuille". Depuis son lancement, IBIT a attiré plus de 54 milliards de dollars d’entrées, surpassant tous ses concurrents. Plus important encore, la nature de ces investisseurs a radicalement changé. Matt Hougan, CIO de Bitwise, souligne que le Bitcoin reste un "actif non consensuel" : les institutions prêtes à s’y exposer font preuve d’une conviction particulièrement forte, et leurs capitaux se révèlent remarquablement stables lors des phases baissières.

Les données montrent que, même si le cours du Bitcoin a chuté d’environ 50 % depuis octobre 2025, les sorties sur les ETF n’ont pas dépassé 10 milliards de dollars, contre 60 milliards de dollars de souscriptions nettes précédemment—ce qui signifie que les détentions institutionnelles sont restées globalement stables. Cela indique que les institutions remplacent les investisseurs particuliers comme faiseurs de prix marginaux. En cas de baisse du marché, elles ne cèdent pas à la panique, mais utilisent les ETF pour renforcer leurs positions.

Scénarios d’évolution possibles

Au vu de ces changements structurels, deux scénarios futurs se dessinent.

Scénario 1 : La volatilité continue de se comprimer et le Bitcoin devient le "Macro Hedge 2.0". Si les flux institutionnels vers le Bitcoin se poursuivent, la profondeur de marché augmentera, réduisant davantage la volatilité. Une fois la volatilité ramenée dans une fourchette de 20 à 30 %, le Bitcoin pourra véritablement rivaliser avec l’or en tant que couverture—non seulement contre le "risque de marché", mais aussi contre le "risque du système monétaire". JPMorgan précise qu’un objectif de 266 000 dollars paraît irréaliste à court terme, mais il illustre le potentiel à long terme de l’actif.

Scénario 2 : Différenciation fonctionnelle, l’or et le Bitcoin devenant complémentaires plutôt que substituables. Le scénario le plus probable est que l’or conserve son statut d’"ultime valeur refuge de liquidité au sein du système financier", tandis que le Bitcoin s’impose comme "réserve de valeur résistante à la censure en dehors du système". Les deux actifs ne sont pas en concurrence directe, mais répondent à des scénarios macroéconomiques distincts. La chute brutale du Bitcoin au déclenchement de la guerre a révélé sa vulnérabilité face aux crises de liquidité, mais son rebond rapide a également démontré sa résilience face aux anticipations de dévaluation monétaire.

Risques potentiels et avertissements à contre-courant

Malgré des données en faveur du Bitcoin, il convient d’identifier les risques et les limites logiques.

Premièrement : L’illusion de prospérité alimentée par le levier. L’effet de levier sur les marchés dérivés reste élevé. Les données montrent que, malgré 1,1 milliard de dollars d’entrées sur les ETF Bitcoin la semaine passée, les prix ont continué de baisser. Cette divergence entre "flux entrants et prix en baisse" signale souvent que les achats au comptant sont compensés par des ventes ou liquidations sur le marché à terme. Un levier excessif pourrait sérieusement freiner la progression du Bitcoin vers le statut d’or numérique.

Deuxièmement : L’ambivalence du capital institutionnel. Si les fonds institutionnels sont stables, ils peuvent aussi devenir des accélérateurs lors de véritables crises systémiques. La structure ETF permet aux capitaux d’entrer et de sortir aisément. Fin 2025, IBIT a connu cinq semaines consécutives de sorties totalisant 2,7 milliards de dollars. Si le contexte macroéconomique s’inverse, la pression sur les rachats d’ETF pourrait s’accentuer, aggravant les baisses de marché au lieu de les amortir.

Troisièmement : La "porte" de la régulation et de l’accès au marché. La valeur résistante à la censure du Bitcoin dépend souvent, dans la pratique, de la "porte" que constituent les plateformes d’échange et les canaux de paiement. Dans des scénarios extrêmes de contrôle des capitaux, ces accès peuvent être bloqués par les autorités. En réalité, nombre d’utilisateurs privilégient les stablecoins indexés sur le dollar comme voie de sortie, ce qui affaiblit la narration du Bitcoin comme valeur refuge unique.


Conclusion

Les données de JPMorgan révèlent un point d’inflexion structurel majeur : sous l’épreuve ultime du conflit géopolitique, les capitaux institutionnels redéfinissent la notion de "valeur refuge" par leurs actes. Les rachats sur les ETF or ne signifient pas que l’or a perdu son attrait refuge ; ils traduisent plutôt le fait qu’une partie des capitaux reconnaît désormais au Bitcoin une efficacité de couverture face à certains risques—crédit souverain et contrôles de capitaux. Cette divergence illustre une évolution des portefeuilles institutionnels, passant d’un ancrage unique sur la "faible volatilité" à une allocation multidimensionnelle d’actifs à "faible corrélation". Pour l’industrie crypto, cela marque à la fois une étape historique vers l’adoption institutionnelle du Bitcoin et un test permanent de sa profondeur de marché et de sa résilience.


FAQ

  1. Pourquoi les institutions vendent-elles de l’or et achètent-elles du Bitcoin lors de conflits géopolitiques ?
    Cela reflète deux logiques de couverture distinctes. L’or protège contre la volatilité des marchés et le risque systémique, mais au déclenchement d’un conflit, les institutions recherchent souvent de la liquidité et procèdent à des ventes, entraînant des sorties à court terme sur les ETF or. Le Bitcoin couvre le risque de crédit souverain et les contrôles de capitaux. À mesure que le conflit s’installe, les institutions anticipent d’éventuels chocs sur les monnaies fiduciaires et augmentent leur exposition au Bitcoin comme "assurance numérique". Par ailleurs, la compression de la volatilité du Bitcoin rend son rendement ajusté au risque plus attractif.

  2. Quels sont les principaux chiffres du rapport JPMorgan ?
    Le rapport indique que, depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février, le plus grand ETF or mondial—SPDR Gold Shares (GLD)—a enregistré environ 2,7 % de sorties, tandis que le plus grand ETF Bitcoin—iShares Bitcoin Trust (IBIT)—a connu environ 1,5 % d’entrées. Cela inverse l’avantage accumulé par les ETF or sur les ETF Bitcoin depuis le début de l’année.

  3. La thèse du "Bitcoin or numérique" a-t-elle été validée dans ce conflit ?
    Partiellement, mais pas totalement. D’un côté, le Bitcoin a attiré des flux refuge dans les phases avancées du conflit ; de l’autre, il a subi des baisses marquées en début de crise, révélant sa forte volatilité et sa nature d’actif risqué. La description la plus juste serait que le Bitcoin devient un "hedge numérique à bêta élevé"—sa fonction refuge reste conditionnelle et dépendante du contexte.

  4. Quel impact l’afflux institutionnel sur les ETF Bitcoin a-t-il sur le marché ?
    Des flux institutionnels continus modifient la structure du marché du Bitcoin. D’abord, ils augmentent la profondeur de marché et contribuent à réduire la volatilité dans le temps. Ensuite, le capital institutionnel est généralement plus stable, c’est-à-dire qu’il ne sort pas massivement lors des baisses, ce qui aide à lisser les mouvements extrêmes. Enfin, ces flux via ETF transforment le Bitcoin d’un "outil spéculatif de détail" en un "actif d’allocation institutionnelle".

  5. Quels sont les principaux risques liés à cette tendance de divergence des capitaux ?
    Les principaux risques sont : (1) Un effet de levier élevé sur les marchés dérivés pourrait déclencher des liquidations en cascade, annulant les achats au comptant via ETF ; (2) En cas de retournement brutal du contexte macroéconomique, les capitaux institutionnels pourraient aussi sortir massivement, amplifiant les baisses de marché ; (3) Dans des cas extrêmes, les régulateurs pourraient restreindre l’accès aux actifs crypto, affaiblissant leur fonction de valeur refuge.

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