La secrétaire au Trésor des États-Unis appelle à la signature du projet de loi FIT21, la SEC confirme sa préparation à la mise en œuvre

Sécurité
Mis à jour: 2026-04-10 08:22

Après plus de cinq ans de blocage au Congrès et de débats au sein de l’industrie, les États-Unis entrent désormais dans la phase finale de l’élaboration d’un cadre réglementaire pour les actifs numériques. Le 9 avril 2026, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a publiquement appelé sur les réseaux sociaux la commission bancaire du Sénat à entamer sans délai les délibérations sur le CLARITY Act et à transmettre le texte au président Trump pour promulgation. Quelques minutes plus tard, le président de la SEC, Paul Atkins, a répondu en déclarant que le "Project Crypto", piloté par la SEC et la CFTC, est prêt : dès que le Congrès aura achevé le processus législatif, les deux agences pourront immédiatement passer à la mise en œuvre de la nouvelle loi.

Ce signal coordonné des branches exécutive et législative marque un tournant : la régulation américaine des crypto-actifs passe officiellement de longues années de débats parlementaires au compte à rebours final avant l’application. Pour le marché mondial des actifs numériques, valorisé entre 2 000 et 3 000 milliards de dollars, ce moment marque la fin d’une décennie de vide réglementaire.

Les signaux de haut niveau s’intensifient

Le 9 avril 2026, le secrétaire au Trésor Bessent a publié sur son compte officiel : « Depuis cinq ans, le Congrès travaille à élaborer un cadre pour ramener l’avenir de la finance sur le sol américain. Il est temps que la commission bancaire du Sénat se réunisse et transmette le CLARITY Act au président Trump pour signature. Le temps du Sénat est précieux — il faut agir maintenant. »

Bessent a précisé sa position dans une tribune, qualifiant le CLARITY Act de prolongement naturel du GENIUS Act — signé par le président Trump en juillet 2025, qui a posé un cadre réglementaire pour les stablecoins adossés au dollar américain. Le CLARITY Act vise, quant à lui, à offrir une base juridique à un éventail plus large de structures de marché, incluant les actifs tokenisés et les plateformes d’échange décentralisées.

Presque simultanément, le président de la SEC, Atkins, a clarifié la position de son agence : « L’objectif du Project Crypto est de garantir que, dès l’adoption de la loi par le Congrès, la SEC et la CFTC soient prêtes à mettre en œuvre le CLARITY Act. Bessent a raison : il est temps pour le Congrès de planifier une supervision adaptée au futur et d’avancer sur une législation complète sur la structure des marchés à destination du président Trump. »

Cet échange révèle un point clé : les deux principales autorités de régulation — la SEC et la CFTC — ont non seulement achevé leurs préparatifs pour la mise en œuvre, mais ont également mis en place un cadre institutionnel de coordination inter-agences. Dès la promulgation de la loi, la machine réglementaire pourra se mettre en marche.

Chronologie législative : de l’adoption à la mise en œuvre

Le parcours législatif du Digital Asset Market CLARITY Act (H.R.3633) s’étend sur près d’un an, selon la chronologie suivante :

  • 17 juillet 2025 : Le texte est adopté à la Chambre des représentants par 294 voix contre 134, posant les bases du partage des compétences entre la SEC et la CFTC.
  • 18 septembre 2025 : Le projet de loi est transmis au Sénat pour examen.
  • Janvier–mars 2026 : L’examen par le Sénat est à plusieurs reprises retardé en raison de désaccords sur les dispositions relatives au rendement des stablecoins, laissant le texte en suspens plusieurs mois en commission bancaire.
  • 19 mars 2026 : La sénatrice Cynthia Lummis annonce lors du Washington Blockchain Summit que la commission bancaire du Sénat prévoit d’organiser des auditions sur le texte fin avril.
  • 9 avril 2026 : Les déclarations du secrétaire au Trésor Bessent et du président de la SEC Atkins donnent un nouvel élan politique à l’avancée du texte.
  • Situation actuelle : La commission bancaire du Sénat n’a pas encore entamé son examen. Le texte doit être adopté en commission, puis soumis à un vote en séance plénière, avant d’être transmis au président pour promulgation.

Du point de vue du calendrier, la fenêtre législative pour le CLARITY Act est sous pression, avec les élections de mi-mandat prévues en novembre 2026. La majorité républicaine à la Chambre est très étroite, à 218 contre 214. Un changement de majorité pourrait à nouveau retarder le processus législatif sur les crypto-actifs. Cette réalité politique explique en grande partie la volonté d’accélération portée par Bessent et d’autres acteurs.

Il est également important de souligner un jalon clé : la signature présidentielle n’est pas la fin du processus, mais le début de la mise en œuvre. L’insistance d’Atkins sur le fait que la SEC et la CFTC sont "prêtes" signifie qu’une fois la loi signée, l’application réglementaire commencera sans délai — à la différence de nombreuses lois antérieures dont l’entrée en vigueur a pu prendre des mois, voire des années.

Cadre central : répartition des compétences entre la SEC et la CFTC

La mission principale du CLARITY Act est de clarifier la répartition des compétences entre la SEC et la CFTC. Selon les fiches d’information publiées par la commission bancaire du Sénat, le texte établit une "ligne claire" pour délimiter les champs de compétence réglementaire et remplace l’ancien modèle "piloté par l’application" par un cadre légal opérationnel.

La loi classe les actifs numériques en plusieurs catégories. Les "commodités numériques" sont définies comme des "crypto-actifs dont la valeur est intrinsèquement liée et dérivée du fonctionnement programmatique d’un système cryptographique". Environ 70 % des actifs numériques relèveraient de la supervision de la CFTC, tandis que les tokens présentant des caractéristiques de valeurs mobilières resteraient sous la compétence de la SEC.

Le texte aborde également plusieurs points essentiels :

  • Établit des voies d’enregistrement et des normes de conservation pour les plateformes d’échange et les intermédiaires ;
  • Clarifie la protection des développeurs de logiciels et des activités pair-à-pair ;
  • Fixe les exigences réglementaires au niveau du contrôle et non du code, préservant un espace pour l’innovation DeFi ;
  • Impose des normes accrues d’audit et de gestion des réserves aux émetteurs de stablecoins.

Si elle est adoptée, la loi remplacerait directement le modèle actuel ambigu "piloté par l’application" par des règles claires. L’approche antérieure de la SEC, fondée sur le Howey Test et l’examen au cas par cas, céderait la place à des critères de classification légaux. Le protocole d’accord (MOU) signé par la SEC et la CFTC le 11 mars 2026, ainsi que leurs orientations conjointes publiées le 17 mars, ont préparé le terrain pour ce changement structurel : les deux agences se sont engagées à coordonner la régulation sur six axes majeurs, incluant les interprétations conjointes, l’élaboration de règles et la construction de cadres spécifiques aux actifs numériques.

Il convient de noter que les modalités finales d’application de la loi restent à déterminer. La majorité des informations publiques provient des fiches de la commission bancaire du Sénat, tandis que le texte législatif lui-même — notamment les dispositions relatives à la DeFi et au rendement des stablecoins — fait encore l’objet de négociations au Sénat. La version finale pourrait donc être ajustée.

Préparation à la mise en œuvre : Project Crypto et infrastructure réglementaire

Le 29 janvier 2026, la SEC et la CFTC ont annoncé l’évolution du "Project Crypto" en une initiative conjointe entre les deux agences. Dans un communiqué, les présidents ont indiqué que le projet vise à "garantir que, dès l’adoption de la loi, les États-Unis puissent renforcer leur leadership financier mondial", incluant l’élaboration d’une "feuille de route de mise en œuvre raisonnable" et la création de "canaux d’accès réglementaires clairs" pour les acteurs conformes.

En mars 2026, les préparatifs conjoints ont bien avancé : le protocole d’accord a été signé le 11 mars, posant un cadre institutionnel de coordination inter-agences ; des orientations conjointes ont été publiées le 17 mars, clarifiant l’application du droit fédéral des valeurs mobilières aux crypto-actifs ; parallèlement, la proposition de cadre "Reg Crypto" de la SEC a été transmise à l’Office of Information and Regulatory Affairs (OIRA) de la Maison-Blanche pour examen. Cette proposition prévoit trois régimes d’exemption — pour les start-up, la levée de fonds et une "safe harbor" pour les contrats d’investissement.

Dans le même temps, la SEC a significativement ajusté sa stratégie d’application. Au cours de l’exercice 2025, la SEC a retiré sept actions en justice liées aux crypto-actifs — dont celles contre Coinbase et Kraken — pour "insuffisance de fondement juridique au regard du droit fédéral des valeurs mobilières". Globalement, les actions de la SEC en matière de crypto-actifs ont diminué d’environ 22 %, la priorité étant désormais donnée aux fraudes substantielles.

Ces initiatives envoient un message clair : la SEC et la CFTC n’attendent pas passivement l’action du Congrès, mais construisent activement l’infrastructure nécessaire à la mise en œuvre. L’avancement conjoint du Project Crypto, le protocole d’accord, la publication d’orientations conjointes et l’examen du cadre "Reg Crypto" par la Maison-Blanche constituent l’ensemble des préparatifs "côté exécution" pour le déploiement de la loi.

Le changement de stratégie d’application est également notable. Le passage de la SEC d’une logique "application = conformité" à une application centrée sur la fraude contraste fortement avec l’approche large adoptée sous Gary Gensler. Ce changement réduit les risques juridiques pour les projets non impliqués dans des fraudes et a contribué à atténuer l’incertitude réglementaire ressentie par une partie du secteur.

Analyse d’impact sur l’industrie : système à double voie et réajustements structurels

D’après les informations actuelles, le CLARITY Act devrait instaurer un "système réglementaire à double voie" :

  • Première voie : Un cadre pour les entreprises crypto-natives fondé sur le CLARITY Act, avec supervision partagée entre la SEC et la CFTC.
  • Seconde voie : Un cadre de participation bancaire prévu par le GENIUS Act, permettant aux banques régulées au niveau fédéral d’émettre des stablecoins et de mener des activités crypto.

La réunion de la FDIC du 7 avril 2026 sur les stablecoins émis par les banques, ainsi que la décision de la Réserve fédérale d’août 2025 de mettre fin à son "Novel Activities Supervision Program", indiquent que des voies réglementaires s’ouvrent pour l’entrée des institutions financières traditionnelles dans la sphère crypto. La décision de la Fed signifie que les activités crypto des banques relèveront désormais du droit commun, sans surveillance spéciale additionnelle.

Cependant, la réaction du secteur face à une plus grande clarté réglementaire n’est pas unanimement optimiste. Certains analystes mettent en garde contre un possible effet de "cage dorée" : la hausse des coûts de conformité pourrait freiner l’innovation en DeFi, tandis que des exigences strictes en matière de conservation et d’audit risquent d’exclure les petits projets du marché. Bessent lui-même a reconnu que le secteur doit se préparer à une "potentielle augmentation des coûts opérationnels" liée à la conformité.

Sur le plan de la concurrence, le CLARITY Act pourrait accélérer la consolidation du secteur. Les grandes institutions disposant de ressources juridiques et de conformité s’adapteront plus rapidement aux nouvelles règles, tandis que les petits projets crypto-natifs pourraient se heurter à des barrières de conformité plus élevées. Reste à savoir si cette polarisation entraînera une concentration accrue et une moindre innovation.

Analyse de scénarios : plusieurs trajectoires d’évolution

Sur la base des informations actuelles et d’une logique vérifiable, les scénarios suivants esquissent deux trajectoires principales pour l’industrie selon l’issue du texte :

Scénario 1 : Le texte est promulgué en 2026

  • Effet à court terme (1 à 3 mois après la signature) : La SEC et la CFTC devraient rapidement publier des lignes directrices de mise en œuvre, offrant des voies d’enregistrement claires pour les plateformes, dépositaires et émetteurs de tokens. Les flux de capitaux institutionnels vers les marchés crypto pourraient augmenter. Cependant, la hausse des coûts de conformité risque d’entraîner la sortie ou l’exil de certains petits projets.
  • Effet à moyen terme (6 à 12 mois après la signature) : Le marché américain des crypto-actifs passera progressivement d’une logique "d’arbitrage réglementaire" à un modèle "piloté par la conformité". Le cadre entrera en concurrence avec le régime MiCA de l’UE, et des projets ayant quitté les États-Unis pourraient envisager un retour. L’innovation DeFi pourrait évoluer d’une logique "d’évitement réglementaire" à une "innovation conforme".
  • Effet à long terme (2 à 3 ans après la signature) : Les États-Unis pourraient renforcer leur influence dans la définition des standards mondiaux de régulation crypto, concrétisant en partie la vision d’une innovation financière "construite sur des infrastructures américaines".

Scénario 2 : Le texte échoue ou s’enlise au Sénat

  • Effet à court terme : La confiance du marché pourrait être ébranlée. Si les orientations conjointes SEC-CFTC apportent une certaine clarté, l’absence de fondement légal suscite des doutes sur la pérennité du cadre réglementaire. L’incertitude plane quant à une possible relance des actions abandonnées par de futures administrations.
  • Effet à moyen terme : L’innovation crypto pourrait continuer à migrer vers des juridictions plus claires, telles qu’Abou Dabi ou Singapour. La part de marché américaine dans la crypto pourrait encore reculer. Certaines grandes institutions pourraient différer ou adapter leur stratégie crypto aux États-Unis.
  • Effet à long terme : Il est très incertain que le prochain Congrès (2027–2028) relance l’agenda législatif crypto. Les États-Unis pourraient rester dans un vide réglementaire pendant des années, derrière les économies ayant déjà structuré leur régulation crypto.

Ces scénarios supposent que des compromis ont été trouvés sur les points de friction tels que le rendement des stablecoins, la protection de la DeFi et la lutte contre la criminalité financière. Si de nouveaux désaccords majeurs surgissent lors des débats au Sénat, la probabilité du scénario 1 diminuerait fortement, nécessitant une réévaluation de ces projections.

Conclusion

Des appels publics du secrétaire au Trésor Bessent à la réponse immédiate du président de la SEC Atkins, de la coordination inter-agences du Project Crypto aux mutations profondes de la stratégie d’application, la "dernière ligne droite" de la régulation crypto américaine s’accélère. L’examen par la commission bancaire du Sénat sera le dernier obstacle — si le texte franchit ce cap et est soumis au vote en séance, les États-Unis tourneront enfin la page de plus d’une décennie d’incertitude réglementaire.

Mais la clarté réglementaire n’est pas une ligne d’arrivée — elle marque le début d’une nouvelle ère pour la dynamique sectorielle. Les coûts de conformité d’un système à double voie, la pression de l’institutionnalisation sur l’innovation et la concurrence entre régimes réglementaires américains et internationaux façonneront le paysage crypto post-CLARITY Act. L’heure de la mise en œuvre approche, mais la véritable épreuve pour l’industrie ne fait que commencer.

The content herein does not constitute any offer, solicitation, or recommendation. You should always seek independent professional advice before making any investment decisions. Please note that Gate may restrict or prohibit the use of all or a portion of the Services from Restricted Locations. For more information, please read the User Agreement
Liker le contenu