Analyse des perspectives d’Arthur Hayes : pourquoi chaque conflit au Moyen-Orient représente une opportunité d’achat pour le Bitcoin

Marchés
Mis à jour: 2026-03-04 10:26

Au début du mois de mars 2026, alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran s’intensifiaient une fois de plus, le marché des crypto-actifs a fait preuve d’une remarquable résilience malgré une forte volatilité. Arthur Hayes, cofondateur de BitMEX, a suscité un large débat dans son dernier article, « iOS Warfare », en suggérant que chaque conflit au Moyen-Orient pourrait représenter une opportunité de se positionner à la hausse sur Bitcoin. Cette affirmation ne constitue pas une apologie de la guerre, mais offre plutôt une analyse approfondie des dynamiques macroéconomiques, fondée sur des décennies de données historiques. Cet article examine objectivement le raisonnement de Hayes, en s’appuyant sur des faits, des données et une analyse logique.

Aperçu : le lien caché entre guerre, coûts budgétaires et assouplissement monétaire

La thèse centrale d’Arthur Hayes peut se résumer à une chaîne causale claire : Plus l’intervention militaire américaine au Moyen-Orient se prolonge → Plus les coûts budgétaires augmentent → La Réserve fédérale agit pour compenser les chocs économiques et maintenir le financement de l’État → Elle est contrainte de baisser les taux ou de mettre en œuvre un assouplissement quantitatif → Hausse de la liquidité en dollars américains → Conditions favorables pour Bitcoin et les autres actifs risqués.

Hayes souligne que, depuis 1985, presque tous les présidents américains ont été impliqués dans des conflits militaires au Moyen-Orient durant leur mandat. Il avance que cette tendance persistante n’est pas un simple fait politique isolé, mais qu’elle est étroitement liée au cycle de la politique monétaire américaine. Lorsque les dépenses de guerre massives coïncident avec l’incertitude économique, la Réserve fédérale trouve souvent une « justification » politique pour assouplir sa politique monétaire, soutenant le système par une création monétaire plus abondante et moins coûteuse. Pour Bitcoin, dont l’offre est fixe, cette expansion de la liquidité fiduciaire crée un terrain propice à l’appréciation des prix.

Contexte historique et chronologie : de la guerre du Golfe à « Epic Fury »

Pour tester cette hypothèse, Hayes a analysé l’évolution de la politique monétaire après les principaux événements militaires :

  • Guerre du Golfe de 1990 : Après l’opération Tempête du désert, les inquiétudes initiales concernant l’inflation se sont accrues, mais la Fed a procédé à plusieurs baisses de taux d’ici la fin de 1990. Le compte-rendu de la réunion du FOMC d’août 1990 montre que les décideurs estimaient que l’incertitude au Moyen-Orient « justifierait probablement un assouplissement de la politique à un moment donné ».
  • Guerre mondiale contre le terrorisme de 2001 : Après le 11 septembre, la Fed est intervenue rapidement pour stabiliser les marchés. Le président de l’époque, Alan Greenspan, a proposé une baisse de taux de 50 points de base lors d’une réunion d’urgence afin de contrer la peur et l’incertitude pesant sur les prix des actifs.
  • Renforts en Afghanistan en 2009 : Bien que les taux étaient déjà à zéro, la Fed a injecté une importante liquidité via des programmes d’assouplissement quantitatif (QE), offrant un financement bon marché à la machine de guerre et à ses sous-traitants.
  • Opération « Epic Fury » de 2026 : Le 28 février, les États-Unis et Israël ont frappé des cibles liées à l’Iran. Le Bitcoin a brièvement chuté à 63 216 $ à l’annonce, avant de se redresser rapidement. Hayes estime que si le conflit persiste, la Fed pourrait bénéficier d’une couverture politique pour assouplir davantage sa politique.

Analyse des données et de la structure : réactions de marché et flux de capitaux

Selon les données de marché de Gate, au 4 mars 2026, le BTC/USD oscillait autour de 69 000 $, récupérant totalement la baisse initiale post-conflit. Ce rebond en « V » s’est produit à plusieurs reprises dans l’histoire, soutenu par plusieurs éléments structurels :

  1. Double dynamique sur les dérivés : Les données montrent que lors de la crise initiale, le ratio volume put/call sur 24 heures a bondi à 1,37, indiquant une forte couverture à court terme via des options de vente. Cependant, l’open interest (OI) révèle que le ratio put/call reste à 0,75, avec une domination des calls à long terme, notamment sur les strikes entre 75 000 $ et 100 000 $.
  2. Achats institutionnels sur les points bas : Les ETF Bitcoin au comptant sont rapidement passés de sorties nettes à des entrées nettes après le repli. Les analystes notent que cette baisse a constitué un point d’entrée à faible coût pour les investisseurs institutionnels de long terme, rappelant la logique post-crash du « 12/03 » en 2020. Les achats continus de gestionnaires comme BlackRock ont offert un solide soutien aux prix.
  3. Anticipation d’un resserrement de l’offre : Le prochain halving de Bitcoin, prévu en avril 2026, réduira son taux d’inflation de 1,7 % à 0,9 %. Dans un contexte d’expansion potentielle de la monnaie fiduciaire liée aux dépenses de guerre, la rareté programmée de Bitcoin devient un point d’ancrage essentiel pour sa valorisation.

Décryptage de l’opinion publique : débat sur l’or numérique et fractures du consensus

Bien que la perspective de Hayes soit haussière, le marché demeure profondément divisé—c’est précisément cette polarisation qui rend le sujet digne d’analyse.

Les arguments haussiers avancent que les conflits géopolitiques renforcent la thèse de Bitcoin comme « actif dur non souverain ». Lorsque les systèmes financiers traditionnels sont sous tension—contrôles de capitaux ou crises bancaires—la disponibilité 24/7 de Bitcoin et sa résistance à la censure en font un « actif de crise ». De plus, si le conflit fait grimper les prix du pétrole et déclenche une stagflation, une partie des capitaux considère Bitcoin comme une couverture contre l’inflation, à l’image de l’or.

Les sceptiques rétorquent que Bitcoin est souvent « le premier actif à chuter en cas de crise ». Les données montrent que lors du conflit Iran-Israël, le Bitcoin a perdu 9,3 % en séance, tandis que l’or progressait. Les critiques estiment que Bitcoin reste dominé par des traders à fort effet de levier, ce qui le rapproche davantage d’un actif risqué à bêta élevé que d’une valeur refuge mature. Certains affirment même que la thèse de « l’or numérique » n’a jamais été validée par les données, soulignant la corrélation asymétrique de Bitcoin avec le Nasdaq—« ils baissent ensemble, mais ne montent pas ensemble ».

Analyse de la narration : distinguer faits, opinions et spéculations

Dans l’examen de ce sujet, il est essentiel de bien distinguer :

  • Faits : Les données historiques montrent que les principales interventions militaires américaines à l’étranger en 1990 et 2001 ont effectivement été suivies de cycles d’assouplissement monétaire par la Fed. Début mars 2026, Bitcoin a fortement rebondi après une chute liée à la géopolitique, retrouvant le seuil des 69 000 $.
  • Opinions : Arthur Hayes estime que ce schéma historique se répétera dans le contexte actuel du conflit États-Unis–Iran, avec Bitcoin comme principal bénéficiaire. Il s’agit là d’une extrapolation subjective basée sur le modèle « coût budgétaire–politique monétaire ».
  • Spéculations : Le calendrier et l’ampleur des baisses de taux de la Fed, ainsi que la certitude que les capitaux se dirigeront vers les crypto-actifs, relèvent de la conjecture et ne peuvent être confirmés. Le marché peut anticiper ces attentes, ou une inflation persistante peut retarder les ajustements de politique.

Analyse de l’impact sectoriel : la montée en puissance de la logique macro

Que les prévisions de Hayes se réalisent ou non dans ce conflit, la large diffusion de son point de vue signale une évolution de la réflexion dans le secteur.

Premièrement, la logique macroéconomique tend à supplanter l’investissement purement narratif. Les investisseurs se concentrent de plus en plus sur l’évolution du bilan de la Fed, les primes de risque géopolitique et les corrélations avec les marchés traditionnels, signe que les crypto-actifs s’intègrent aux cadres macroéconomiques classiques.

Deuxièmement, l’allocation d’actifs est repensée. Pour les family offices et les hedge funds, Bitcoin n’est plus seulement un instrument spéculatif très volatil en période de tensions géopolitiques. Son « utilité en temps de crise » et sa faible corrélation à court terme avec les actifs traditionnels (comme les actions) lui confèrent une valeur tactique dans la construction de portefeuille.

Enfin, le progrès technologique sous-tend la création de valeur. Des innovations comme l’account abstraction d’Ethereum renforcent la résilience et la résistance à la censure des réseaux blockchain dans des environnements extrêmes. Cette évolution technologique déterministe permet de compenser une partie de l’incertitude géopolitique.

Analyse de scénarios : plusieurs trajectoires d’évolution du marché

Selon la logique actuelle, le marché pourrait évoluer selon les scénarios suivants :

  • Scénario 1 : Conflit prolongé + assouplissement de la Fed (haussier)

Si le conflit s’enlise et que la pression budgétaire s’accentue, la Fed pourrait être contrainte de baisser les taux ou de relancer le QE. L’excès de liquidité en dollars bénéficierait directement à Bitcoin. Le marché pourrait ignorer les inquiétudes inflationnistes à court terme et intégrer les anticipations d’« assouplissement monétaire ». Les données sur les options montrent que le point de douleur maximal pour les contrats arrivant à échéance fin mars se situe à 76 000 $, ce qui pourrait indiquer la direction des anticipations de marché.

  • Scénario 2 : Désescalade + politique restrictive (baissier/neutre)

Si les tensions géopolitiques s’apaisent rapidement et que les prix du pétrole reculent, la Fed pourra rester concentrée sur la lutte contre l’inflation et maintenir des taux élevés. Les actifs risqués perdraient un important soutien macroéconomique, et Bitcoin pourrait revenir chercher un support dans la zone des 60 000–65 000 $.

  • Scénario 3 : Escalade du conflit en crise de liquidité (très baissier)

Si le conflit dégénère en guerre totale impliquant des puissances majeures, le marché pourrait entrer dans une phase de « vente généralisée pour obtenir de la liquidité ». Bitcoin pourrait chuter en même temps que les actions, comme en mars 2020. Toutefois, la logique de Hayes suggère que ce scénario impliquerait un assouplissement ultérieur encore plus marqué, posant les bases d’un futur marché haussier de long terme.

Conclusion

La perspective d’Arthur Hayes ne constitue pas un appel à la guerre, mais une analyse lucide de la logique monétaire sous-jacente à la géopolitique. Il rappelle au marché une règle ancienne mais souvent oubliée : le carburant de la machine de guerre, c’est la monnaie fiduciaire issue de la planche à billets. Pour les investisseurs, plutôt que de simplement qualifier Bitcoin de « valeur refuge » ou d’« actif risqué », il est plus pertinent de le considérer comme une couverture contre le système monétaire existant. Alors que la poudrière du Moyen-Orient s’embrase à nouveau, l’enjeu réel ne se situe peut-être pas dans la fumée des champs de bataille, mais dans chaque vote exprimé lors des réunions de la Fed, de l’autre côté de l’océan. Reste à savoir si chaque guerre offre réellement une opportunité haussière pour Bitcoin—la réponse finale sera, en définitive, inscrite au bilan de la Réserve fédérale.

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