17 juillet 2026 : La sous-commission sur les actifs numériques du Comité des services financiers de la Chambre des représentants des États-Unis a tenu une audition exceptionnelle à Wall Street, à New York, sur le thème « Construire l’avenir financier : comment le CLARITY Act libère l’innovation ». Le choix du lieu était porteur de sens : non pas à Washington, sur Capitol Hill, mais à Federal Hall, à quelques pas de la Bourse de New York.
Il ne s’agissait pas d’une simple réunion d’information. Cette audition relevait d’une manœuvre législative soigneusement orchestrée, alliant témoignages de l’industrie et pression politique à l’approche de la pause estivale du Sénat prévue le 7 août. Si l’audition ne modifie pas en elle-même le statut législatif du projet de loi, elle sert de « plaidoyer final » public pour accélérer le processus.
Pourquoi organiser l’audition à Wall Street
Déplacer l’audition de Capitol Hill à Wall Street était un geste délibéré. Les législateurs souhaitaient s’adresser directement aux plateformes d’échange, banques, gestionnaires d’actifs et dépositaires. Il s’agissait d’une audition de terrain, différente des sessions classiques en salle de commission. En choisissant New York, l’objectif était de centrer le débat sur le CLARITY Act auprès des institutions qui seraient effectivement soumises à ce cadre réglementaire.
La liste des témoins reflétait cette intention : Sarah Aberg, directrice juridique chez Nova Labs, développeur du réseau Helium ; Randi Abernethy, responsable du clearing et des risques de groupe chez la plateforme crypto Bullish ; Ryan Louvar, directeur juridique du gestionnaire d’actifs WisdomTree ; et Jason Somensatto, directeur des politiques publiques chez Coin Center, groupe de recherche sur la régulation crypto. Plateformes d’échange, gestionnaires d’actifs, fournisseurs d’infrastructures et chercheurs en politiques publiques étaient réunis à la même table, illustrant clairement qui bénéficierait de règles claires. Les témoins de l’industrie devaient insister sur le fait qu’une fois la réglementation clarifiée, les produits retardés par l’incertitude réglementaire pourraient enfin être lancés.
Au-delà du CLARITY Act lui-même, deux autres textes étaient également évoqués : la résolution H.Res. 111, « Soutenir la technologie blockchain et les actifs numériques », et le projet H.R. 8957, « U.S. Reserve Modernization Act » — ce dernier proposant la création d’une « réserve stratégique de Bitcoin » et d’un « coffre de réserve d’actifs numériques » au sein du Trésor, avec un blocage du Bitcoin pour au moins 20 ans. Cette audition, destinée à mobiliser des voix en faveur de la législation sur la structure des marchés, a aussi mis en lumière la question des réserves nationales de Bitcoin.
Où en est le projet de loi dans le processus législatif
Le CLARITY Act (nom complet : « Digital Asset Market Clarity Act », H.R. 3633) a déjà franchi plusieurs étapes clés. Le 17 juillet 2025, la Chambre l’a adopté par 294 voix contre 134, plus de 70 démocrates ayant voté hors discipline partisane. Le 14 mai 2026, la commission bancaire du Sénat a approuvé le texte par 15 voix contre 9. Le 1er juin, il a officiellement été inscrit au calendrier législatif du Sénat sous le numéro 423.
Le projet de loi est désormais à la veille d’un vote en séance plénière au Sénat. Entre la reprise du Sénat le 13 juillet et le début de la pause estivale le 7 août, il reste environ 20 jours ouvrés. L’audition du 17 juillet à New York s’inscrit précisément au cœur de ce compte à rebours.
Pourquoi le seuil des 60 voix est incontournable
Au Sénat, la plupart des textes doivent franchir l’obstacle du filibuster. Pour clore les débats et passer au vote, il faut réunir au moins 60 voix. Les républicains détiennent actuellement 53 sièges. Même si les 53 républicains votent pour, il faudra qu’au moins 7 démocrates franchissent la ligne partisane pour atteindre ce seuil.
Lors du vote en commission bancaire du 14 mai, les démocrates Ruben Gallego et Angela Alsobrooks ont rejoint les 13 républicains pour soutenir le texte. Toutefois, leur soutien définitif en séance plénière reste conditionnel. À ce jour, seuls deux démocrates ont publiquement exprimé leur soutien. Cynthia Lummis, figure républicaine de la politique crypto au Sénat, a reconnu qu’un vote avant la pause d’août était plus réaliste qu’avant le 4 juillet. Le Sénat siège durant la première semaine d’août, avant une interruption jusqu’au 14 septembre.
Trois grandes controverses qui freinent le projet de loi
Malgré un consensus initial bipartisan, le CLARITY Act doit surmonter trois obstacles majeurs avant un vote en séance plénière.
- Premier obstacle : questions d’éthique. C’est actuellement le point le plus sensible. Les démocrates exigent une clause de restriction interdisant aux hauts responsables, y compris le président, de conserver des liens commerciaux avec l’industrie crypto. En toile de fond : les dernières déclarations financières du président Trump indiquent plus de 1,4 milliard de dollars de revenus liés aux crypto-actifs en 2025. Les deux démocrates ayant soutenu la version en commission ont prévenu qu’ils ne voteront pas le texte final si la clause éthique n’est pas correctement traitée.
- Deuxième obstacle : exemption de responsabilité pour les développeurs. L’article 604 (« Blockchain Regulatory Certainty Act ») instaure un régime de protection pour les développeurs, précisant que ceux qui se contentent de publier du code, de fournir des outils d’auto-conservation ou de maintenir l’infrastructure blockchain ne sont pas assimilés à des opérateurs de transfert de fonds. Toutefois, cette disposition fait l’objet de désaccords internes au sein des agences de régulation.
- Troisième obstacle : clause sur le rendement des stablecoins. Le débat porte sur la possibilité pour les plateformes de continuer à verser des rendements aux détenteurs de stablecoins. Les sénateurs Tillis et Alsobrooks négocient un compromis : interdire les produits assimilés à des « intérêts de dépôt bancaire » tout en préservant certains incitatifs liés aux transactions. Les banques, inquiètes des sorties de dépôts, plaident pour une interdiction totale des intérêts sur stablecoins ; l’industrie crypto s’y oppose fermement.
Pourquoi les marchés de prédiction estiment la probabilité d’adoption à 46,5 %
Les chances d’adoption du projet de loi ont diminué sur les marchés. La probabilité implicite sur Polymarket pour une adoption du CLARITY Act en 2026 est passée d’environ 82 % en février à 60 % début juin, puis à 44 % fin juin. À la mi-juillet, différents marchés de prédiction affichent des probabilités comprises entre 24 % et 48 %.
Le chiffre de 46,5 % reflète une moyenne pondérée de multiples incertitudes. Galaxy Research a abaissé sa probabilité d’adoption en 2026 à 50 %, invoquant un calendrier sénatorial très serré et l’absence de progrès législatif. Les analystes notent que « le temps de parole au Sénat est désormais la ressource la plus rare » et que la structure du marché crypto n’est pas la priorité. La réautorisation du FISA, le projet de loi de défense NDAA et d’autres dossiers concurrencent la même fenêtre de vote.
Alex Thorn, analyste chez Galaxy Research, identifie trois conditions qui pourraient faire grimper la probabilité au-dessus de 60 % : publication d’un texte unifié banque-agriculture, résolution du différend sur la clause éthique, et engagement public des dirigeants pour un vote d’ici fin juillet. Un silence persistant à la mi-juillet réduirait encore la probabilité.
Que se passera-t-il si le projet de loi est adopté
L’objectif central du CLARITY Act est d’instaurer un cadre réglementaire fédéral complet pour les actifs numériques. Depuis des années, le principal défi du secteur crypto américain n’est ni une régulation trop stricte, ni trop permissive, mais « l’incertitude sur l’autorité compétente ».
Le projet de loi vise à établir un pont réglementaire entre la SEC et la CFTC. Les actifs numériques hautement décentralisés seraient classés comme « matières premières numériques » et relèveraient exclusivement de la CFTC, y compris pour la supervision des marchés au comptant. Le Bitcoin et l’Ethereum seraient concernés. Les « actifs accessoires » dépendant des efforts de promoteurs seraient soumis à la régulation de la SEC.
Si le texte est promulgué, l’impact serait structurel. Les capitaux institutionnels actuellement en attente pourraient enfin entrer sur le marché. Les plateformes américaines pourraient cesser de s’autocensurer sur les nouvelles cotations. Les protocoles DeFi pourraient arrêter de bloquer les utilisateurs américains. L’utilité des stablecoins pourrait s’accroître. Toutefois, le texte comporte aussi des dispositions contestées : les projets DeFi insuffisamment décentralisés pourraient être régulés comme des institutions financières, et les rendements passifs sur stablecoins pourraient être restreints.
Quels risques pour l’industrie en cas de blocage du projet de loi
Si le texte n’est pas adopté avant la pause d’août, les chances d’adoption cette année s’amenuisent encore. La sénatrice Lummis a prévenu qu’en cas d’échec, la prochaine fenêtre législative sérieuse ne s’ouvrirait pas avant 2030.
Grayscale souligne que l’incertitude autour du CLARITY Act pèse directement sur le cours du Bitcoin. Environ 65 % des investisseurs institutionnels attendent la clarification du cadre fédéral avant de déployer massivement des actifs numériques. Les dirigeants de Ripple alertent : en cas de rejet, les détenteurs de crypto-actifs seront exposés à des risques liés à l’exploitation des failles réglementaires par des acteurs malveillants. Si le projet échoue, les États-Unis pourraient continuer à recourir à une « régulation par l’application », maintenant des coûts de conformité élevés et incitant les développeurs à s’installer à l’étranger.
Résumé
L’audition exceptionnelle du 17 juillet à Wall Street constitue une étape publique décisive pour le CLARITY Act avant le vote au Sénat. Si elle ne modifie pas le statut législatif du texte, elle permet de porter la voix de l’industrie et d’exercer une pression politique ciblée sur le Sénat.
La fenêtre législative se referme rapidement. Entre la reprise du Sénat le 13 juillet et la pause du 7 août, environ 20 jours ouvrés détermineront si le texte sera adopté en 2026. Le seuil des 60 voix, les différends éthiques, l’exemption de responsabilité des développeurs, les restrictions sur les rendements des stablecoins et un calendrier sénatorial saturé constituent autant d’obstacles réels à l’adoption.
Les 46,5 % de probabilité reflètent une évaluation rationnelle de ces variables par les marchés de prédiction. Les trois prochaines semaines seront décisives pour savoir si la régulation crypto américaine connaîtra une refonte structurelle ou devra attendre le prochain cycle législatif dans l’incertitude.
Foire aux questions (FAQ)
Q : L’audition du 17 juillet est-elle un vote ?
Non. Il s’agit d’une audition de terrain destinée à recueillir les témoignages de l’industrie et à générer une dynamique publique pour rallier des voix au Sénat. L’audition ne modifie pas en elle-même le statut législatif du texte.
Q : À quelle étape en est actuellement le CLARITY Act ?
Le texte a été adopté par la Chambre en juillet 2025 (294-134), validé par la commission bancaire du Sénat en mai 2026 (15-9), inscrit au calendrier législatif du Sénat sous le numéro 423 le 1er juin, et attend désormais un vote en séance plénière.
Q : Combien de voix sont nécessaires au Sénat ?
Il en faut 60 pour franchir l’obstacle du filibuster. Les républicains détiennent actuellement 53 sièges, il faut donc qu’au moins 7 démocrates franchissent la ligne partisane.
Q : Quels sont les principaux points de blocage du texte ?
Trois points majeurs : les clauses d’examen éthique concernant les avoirs crypto des responsables, l’exemption de responsabilité pour les développeurs (article 604) et la portée des restrictions sur les rendements des stablecoins.
Q : Si le texte n’est pas adopté cette année, quand sera la prochaine opportunité ?
La sénatrice Lummis estime qu’en cas d’échec cette année, la prochaine véritable fenêtre législative ne s’ouvrira pas avant 2030. Les élections de mi-mandat à venir réduiront encore l’espace législatif.




