La valorisation de SpaceX dépasse 250 milliards de dollars — Où en sommes-nous dans le cycle de l’IA ?

Marchés
Mis à jour: 16/06/2026 14:00

Le 15 juin, la Bourse américaine a connu une séance qui restera dans les annales. Le Dow Jones Industrial Average a clôturé à 51 671 points, établissant un nouveau record historique. Le Nasdaq Composite a bondi de 3,07 %, enregistrant sa plus forte progression en une séance depuis près de deux mois et demi. Mais la véritable vedette de la journée fut le Philadelphia Semiconductor Index (SOX), qui a grimpé de 5,45 % en une seule séance pour terminer à 14 099 points, pulvérisant le précédent sommet atteint le 3 juin.

Le moteur de ce rallye s’inscrit clairement dans une séquence géopolitique. Les États-Unis et l’Iran ont annoncé un accord-cadre pour la réouverture du détroit d’Ormuz, la cérémonie officielle de signature étant prévue ce vendredi en Suisse. Le détroit d’Ormuz est l’un des points de passage pétroliers les plus stratégiques au monde. La perspective soudaine d’une reprise du trafic a immédiatement entraîné une forte baisse des prix du pétrole à l’international. Les contrats à terme sur le WTI ont plongé de près de 5 %, touchant brièvement 80,25 dollars le baril, tandis que le Brent reculait également de plus de 4 %.

La chute des prix du pétrole dépasse largement le seul marché de l’énergie. Pour les marchés financiers, la baisse des prix de l’énergie a directement atténué l’anxiété persistante liée à la forte inflation. Avec l’apaisement des anticipations inflationnistes, la crainte d’un maintien d’une politique monétaire restrictive par la Réserve fédérale s’estompe, restaurant rapidement l’appétit pour le risque. Les capitaux se sont retirés des actifs défensifs pour se repositionner sur les actifs de croissance—les valeurs technologiques, et plus particulièrement les semi-conducteurs, en sont les principaux bénéficiaires.

Croissance explosive dans la mémoire : comment la dynamique offre-demande a alimenté le rallye

Derrière la performance record du Philadelphia Semiconductor Index, le segment des mémoires s’est particulièrement distingué. Western Digital a bondi de plus de 16 % en une séance, signant sa meilleure performance quotidienne depuis janvier et clôturant à un niveau historique. Micron Technology a progressé de plus de 10 %. Seagate Technology a gagné plus de 9 %, atteignant également un record. ARM a pris plus de 8 %, tandis qu’AMD et SanDisk ont avancé de plus de 6 %.

La flambée du secteur mémoire ne s’explique pas uniquement par le sentiment de marché. Selon l’équipe de recherche hardware de Morgan Stanley, qui a mené des enquêtes terrain, la demande pour les disques durs (HDD) continue de se renforcer et s’étend à davantage de segments, exerçant une pression haussière significative sur les prix. Leur rapport prévoit une croissance annuelle de la demande mondiale de HDD de 40 à 50 %, alors que l’offre n’augmenterait que de 30 à 35 %. Ce déséquilibre offre-demande devrait maintenir des tensions sur le marché au moins jusqu’en 2028. Sur la base de ces constats, Morgan Stanley a maintenu sa recommandation à surpondérer sur Western Digital et Seagate Technology, tout en relevant fortement leurs objectifs de cours.

Par ailleurs, AMD a annoncé l’acquisition de la société MEXT, spécialisée dans l’optimisation de la mémoire. La technologie de MEXT, basée sur l’IA, permet d’accroître la capacité mémoire sans sacrifier la puissance de calcul ni l’efficacité énergétique. Cette opération a renforcé l’optimisme du marché quant aux avancées dans le domaine de la mémoire. À mesure que les besoins en puissance de calcul pour l’IA augmentent de façon exponentielle, les goulets d’étranglement liés au stockage deviennent un frein majeur au développement de l’IA. Toute technologie susceptible de lever ces contraintes pourrait bénéficier d’une prime sur les marchés financiers.

D’une chute de 10 % à des sommets historiques : que révèle le rebond en V sur le sentiment de marché ?

Le retournement en V du Philadelphia Semiconductor Index en seulement quelques séances offre une illustration frappante du climat de marché actuel.

Le 5 juin, Wall Street a vécu un « vendredi noir ». Le SOX a chuté de 10,26 % en une seule séance, sa plus forte baisse journalière depuis la panique liée au Covid de mars 2020. Nvidia a reculé de 6,20 %, TSMC de 6,69 % et Micron Technology de 13,25 %. À ce moment-là, le discours dominant était que « la bulle de l’IA a éclaté » et que « les valeurs technologiques ont atteint leur sommet ».

Pourtant, dix jours plus tard, les mêmes actifs ont opéré un spectaculaire retournement, passant de la chute aux records. Cette volatilité extrême illustre les caractéristiques fondamentales du secteur des semi-conducteurs liés à l’IA : positions très concentrées, sentiment hypersensible et flux de capitaux fortement polarisés.

Il est intéressant de noter qu’avant la correction du 5 juin, le SOX avait progressé de 94,86 % sur les 45 séances allant du 31 mars au 3 juin. Une telle ascension avait mécaniquement accru les pressions de prises de bénéfices. La chute du 5 juin s’apparente à une phase de dégagement et de purge du sentiment, tandis que le rebond rapide qui a suivi montre que le récit de moyen-long terme autour des semi-conducteurs IA reste solide. Chaque repli continue d’être perçu comme une opportunité d’achat.

80 % des gérants sont d’accord : que signifie « le trade le plus encombré de l’histoire » pour les semi-conducteurs ?

Le jour même où le SOX atteignait un nouveau sommet, Bank of America publiait son enquête mensuelle auprès des gérants de fonds. Portant sur 465 milliards de dollars d’actifs et menée du 5 au 11 juin, elle révèle la perception réelle des investisseurs professionnels sur le secteur des semi-conducteurs IA.

Les principaux enseignements de l’enquête révèlent une contradiction intéressante.

D’un côté, 56 % des gérants mondiaux estiment que le cycle IA est en phase de « boom », c’est-à-dire que la dynamique haussière se poursuit et que de nouveaux investisseurs entrent par crainte de manquer la tendance. Seuls 21 % considèrent que le secteur est en phase « euphorique » de valorisations extrêmes, et 9 % seulement jugent que l’IA est en phase de « prises de bénéfices ». Autrement dit, la majorité des professionnels entrevoit encore un potentiel de hausse.

De l’autre, 80 % des répondants estiment que « l’achat et la détention d’actions mondiales de semi-conducteurs » constituent actuellement le trade le plus encombré du marché. Ce chiffre, déjà en tête le mois précédent, établit un nouveau record dans l’histoire de l’enquête de BofA.

Un « trade encombré » n’est pas synonyme de bulle. Il signifie qu’un volume important de capitaux est positionné dans la même direction, de sorte qu’un choc négatif inattendu pourrait provoquer un mouvement de vente massif. Mais, à l’inverse, cet engorgement traduit aussi un consensus très fort : lorsque 80 % des professionnels considèrent les semi-conducteurs comme le trade le plus encombré, cette opinion est déjà largement intégrée dans les cours.

Boom et repli : les institutionnels réduisent discrètement leur exposition

Un autre volet de l’enquête met en lumière un décalage subtil entre le discours des investisseurs institutionnels et leurs actions concrètes.

Malgré la puissance du récit IA, les investisseurs ont commencé à ajuster prudemment leurs portefeuilles. Les gérants ont réduit leur surpondération sur le secteur technologique de 33 % à 26 %, et sur les actions mondiales de 50 % à 38 %. Les liquidités, quant à elles, restent proches de leurs plus bas historiques, mais progressent légèrement.

Cette attitude « discours optimiste, actions défensives » apparaît typiquement en fin de cycle haussier. Les investisseurs croient encore au potentiel de long terme, mais commencent à se prémunir contre d’éventuels risques. Les fonds se détournent des valeurs IA les plus recherchées au profit de secteurs défensifs comme la finance et les télécommunications, illustrant l’équilibre délicat entre la recherche de croissance et la gestion du risque de baisse.

À noter également : 12 % des répondants considèrent que le fait d’investir sur les « Magnificent Seven » de la tech constitue aussi un trade encombré. Ce phénomène ne se limite donc pas aux semi-conducteurs, mais s’étend à l’ensemble du secteur technologique.

SpaceX valorisée 2 520 milliards de dollars : comment une introduction géante rebat les cartes de la bulle IA

Si le record du SOX reflète les niveaux de valorisation actuels des actifs IA cotés, l’introduction en Bourse de SpaceX ajoute une nouvelle dimension au débat sur la bulle IA.

Après son introduction historique au Nasdaq la semaine dernière, l’action SpaceX s’est encore envolée de 19,6 % le 15 juin pour clôturer à 192,50 dollars, portant sa capitalisation totale à 2 520 milliards de dollars. Par rapport au prix d’introduction de 135 dollars, le titre affiche une hausse de plus de 42 % en seulement deux séances. SpaceX se classe désormais sixième parmi les entreprises cotées mondiales, derrière Nvidia, Alphabet, Apple, Microsoft et Amazon. Les banques introductrices ont exercé l’option de surallocation (« greenshoe ») ce jour-là, portant le montant total levé à 85,7 milliards de dollars—un nouveau record mondial.

Pourtant, un écart important subsiste entre les fondamentaux de SpaceX et sa valorisation. Le chiffre d’affaires 2025 s’établit à 18,7 milliards de dollars, mais la société affiche une perte nette de 4,94 milliards. Sur le premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires atteint environ 4,7 milliards, pour une perte nette de 4,3 milliards. Si l’activité Starlink est rentable—avec 11,39 milliards de revenus et 4,42 milliards de résultat opérationnel en 2025, soit une marge de 39 %—, les investissements massifs dans les infrastructures IA pèsent lourdement sur la rentabilité globale.

Qu’une entreprise non encore bénéficiaire affiche une valorisation de 2 520 milliards de dollars constitue l’un des arguments les plus forts dans le débat sur la bulle IA. Le cabinet indépendant CFRA a attribué une recommandation à la vente sur SpaceX et abaissé son objectif de cours de plus de 40 %. De nombreux analystes préviennent que, sans amélioration significative des résultats financiers dans un délai raisonnable, les fondements de la valorisation actuelle seront mis à l’épreuve.

Concentration supérieure aux bulles historiques : le seuil d’alerte de la taille du secteur IA

Le chef stratégiste de BofA, Michael Hartnett, lance une mise en garde appuyée : si l’on additionne les géants technologiques récemment introduits ou en passe de l’être, comme SpaceX et OpenAI, aux leaders actuels de l’IA, la concentration du secteur IA atteindrait environ 48 %.

Que signifie ce chiffre ? Une concentration de 48 % dépasse les niveaux observés lors des « Années folles » des années 1920, du phénomène « Nifty Fifty » des années 1970, de la bulle japonaise des années 1980 et de la bulle TMT des années 1990. Le seul précédent historique non dépassé reste le pic de 63 % lors de la bulle ferroviaire des années 1880.

Si la concentration n’est pas un indicateur de risque direct, elle constitue un signal d’alerte majeur. Lorsqu’un nombre limité de secteurs pèse autant dans le marché, tout choc négatif sur ce segment peut se propager à l’ensemble du marché par effet de masse. Cela explique pourquoi, tout en restant optimistes, les institutionnels commencent à réduire tactiquement leur exposition aux valeurs technologiques.

Conclusion

La séance du 15 juin 2026 sur les marchés américains est le fruit d’une conjonction de facteurs : l’apaisement du risque géopolitique a provoqué une chute du pétrole, le reflux des anticipations d’inflation a libéré l’appétit pour le risque, le récit autour du déséquilibre offre-demande sur les mémoires a apporté un soutien fondamental, et l’introduction massive de SpaceX a encore attisé l’enthousiasme. Après une chute de 10 % le 5 juin, le SOX a rebondi en V vers de nouveaux sommets, illustrant la volatilité extrême du marché actuel.

Cependant, les signaux contradictoires de l’enquête BofA ne peuvent être ignorés : 56 % des répondants estiment que l’IA est en phase de « boom », mais 80 % jugent les semi-conducteurs comme le « trade le plus encombré de l’histoire ». Les institutionnels réduisent discrètement leurs positions, la surpondération tech passant de 33 % à 26 %. La concentration du secteur IA avoisine désormais 48 %, dépassant plusieurs périodes de bulle historiques.

La frontière entre « boom » et « euphorie » ne sera sans doute claire qu’a posteriori. Ce qui est certain, c’est que le secteur des semi-conducteurs IA évolue actuellement dans une phase de consensus très concentré, de positions très massives et de valorisations très élevées—une configuration porteuse à la fois d’un potentiel de hausse et d’une fragilité sous-jacente importante.

FAQ

Q : Comment le Philadelphia Semiconductor Index s’est-il comporté le 15 juin 2026 ?

R : Le Philadelphia Semiconductor Index (SOX) a progressé de 5,45 % ce jour-là, clôturant à 14 099 points et battant son précédent record. Le 5 juin, l’indice avait chuté de 10,26 % en une séance, soit sa plus forte baisse depuis près de six ans.

Q : Quels sont les principaux enseignements de l’enquête BofA sur le caractère encombré du segment semi-conducteurs ?

R : Selon l’enquête, 80 % des gérants de fonds estiment que « l’achat et la détention d’actions mondiales de semi-conducteurs » constituent actuellement le trade le plus encombré du marché, un record dans l’histoire de l’enquête. Par ailleurs, 56 % des répondants jugent que le cycle IA est en phase de « boom », contre seulement 21 % qui estiment que le secteur a atteint l’« euphorie ».

Q : Comment SpaceX a-t-elle évolué en termes de capitalisation et de cours depuis son introduction ?

R : SpaceX est entrée au Nasdaq à 135 dollars par action le 12 juin. En seulement deux séances, le titre a progressé de plus de 42 %. Le 15 juin, il clôturait à 192,50 dollars, valorisant l’entreprise à 2 520 milliards de dollars, soit la sixième capitalisation mondiale.

Q : Quel est le niveau de concentration actuel du secteur IA ?

R : Selon le chef stratégiste de BofA, si l’on additionne SpaceX, OpenAI et d’autres acteurs aux leaders actuels de l’IA, la concentration du secteur atteint environ 48 %. Ce niveau dépasse ceux des « Années folles » et de la bulle TMT des années 1990.

Q : Comment les investisseurs institutionnels ont-ils récemment ajusté leurs positions sur le secteur technologique ?

R : D’après l’enquête BofA, les gérants ont réduit leur surpondération sur la tech de 33 % à 26 % et sur les actions mondiales de 50 % à 38 %, ce qui montre que certaines institutions adoptent une posture plus défensive face au risque de concentration sectorielle.

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