La Maison-Blanche propose-t-elle une réserve stratégique de BTC ?

Marchés
Mis à jour: 07/07/2026 09:54

En mars 2025, le président Trump a signé le décret exécutif 14233, lançant officiellement l’initiative « Strategic Bitcoin Reserve ». Surnommée le « Fort Knox numérique » par les professionnels du secteur, cette initiative vise à regrouper les bitcoins saisis lors de procédures pénales et civiles de confiscation afin d’en faire un actif de réserve nationale permanent. Pourtant, seize mois plus tard, le projet demeure bloqué à l’étape de la planification. Les conflits de compétence entre les départements du Trésor et du Commerce, des interrogations fondamentales sur la base juridique, ainsi que l’imprévisibilité du Congrès ont créé une véritable « trilemme » pour la stratégie de réserve de bitcoins de la Maison-Blanche.

Pourquoi existe-t-il un décalage entre les décrets exécutifs et les propositions législatives ?

Si le décret exécutif traduit une volonté politique concernant la Strategic Bitcoin Reserve, il ne saurait remplacer une véritable assise juridique. Lors de la Bitcoin Conference en avril 2026, le conseiller crypto de la Maison-Blanche, Patrick Witt, a publiquement reconnu que le décret de Trump ne possède pas de force légale complète et nécessite une législation du Congrès pour établir formellement la réserve de bitcoins.

Les principales dispositions du décret interdisent la vente des bitcoins acquis par le gouvernement via des confiscations pénales et civiles, imposent leur dépôt dans une réserve dédiée gérée par le Trésor, et ordonnent aux départements du Trésor et du Commerce d’élaborer une stratégie d’acquisition de bitcoins « neutre pour le budget ». Cette neutralité budgétaire signifie l’expansion de la réserve sans hausse d’impôts, sans creusement du déficit, ni création de nouvelle dette nationale.

Cependant, le décret reste limité : il ne peut régir que les actions internes à l’exécutif et ne garantit pas la pérennité de la réserve. Une future administration pourrait le révoquer par un nouveau décret. Cette incertitude politique est précisément ce que les législateurs cherchent à résoudre par la voie statutaire.

Pourquoi le Trésor ne peut-il pas prendre directement en charge la réserve de bitcoins ?

L’autorisation légale constitue le principal obstacle auquel se heurte la Strategic Bitcoin Reserve. Selon Bloomberg, des responsables internes s’interrogent sur la capacité juridique du Trésor à gérer une réserve de bitcoins.

Le cœur du problème : les responsabilités statutaires du Trésor s’étendent-elles à la détention de bitcoins en tant qu’actif de réserve fédérale sur le long terme ? Le bitcoin n’a pas le statut de monnaie légale, ni celui de marchandise ou de valeur mobilière traditionnelle, et sa qualification juridique demeure débattue. Le cadre légal actuel du Trésor repose sur le dollar, les obligations d’État et les actifs financiers classiques. L’intégration d’un actif crypto décentralisé dans la gestion des réserves nationales ne dispose d’aucun précédent juridique clair.

Par ailleurs, la forte volatilité du bitcoin alimente le débat interne : le gouvernement peut-il « détenir indéfiniment » un actif aussi volatil ? En octobre 2025, le bitcoin a atteint un sommet historique à 126 080 $, avant de perdre près de 50 % de sa valeur en juillet 2026. Selon Bloomberg, si le gouvernement américain avait acheté au prix initial évoqué par Trump (93 000 $), il accuserait aujourd’hui une moins-value latente d’environ un tiers.

Pourquoi le département du Commerce est-il envisagé comme alternative pour la gestion de la réserve ?

Après l’apparition de blocages juridiques, les discussions se sont orientées vers un rattachement de la Strategic Bitcoin Reserve au département du Commerce. Cela traduit une remise à plat de la structure de gestion des réserves stratégiques au sein du gouvernement fédéral.

Le département du Commerce dispose d’atouts dans la supervision du commerce international, de la politique technologique et du développement économique, ce qui pourrait offrir une plus grande flexibilité juridique pour la gestion de nouvelles classes d’actifs. Toutefois, des doutes subsistent quant à son expérience et sa capacité à gérer des actifs de réserve stratégique nationale.

La conséquence directe de ce conflit de compétence est le retard dans la remise du rapport d’évaluation exigé sous 60 jours par le décret. En juillet 2026, plus de seize mois après la signature du décret, le bras de fer entre les deux départements se poursuit. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, et le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, ont tous deux reçu mandat d’élaborer des stratégies d’acquisition de bitcoins neutres pour le budget, mais l’incertitude sur la gestion freine la mise en œuvre de la politique.

Quelles différences entre le BITCOIN Act et le projet de loi ARMA ?

En l’absence de force juridique suffisante du décret exécutif, la législation du Congrès est devenue la voie privilégiée pour institutionnaliser la Strategic Bitcoin Reserve. Ce processus législatif a connu une évolution notable.

Le BITCOIN Act (projet de loi du Sénat 954) a été présenté pour la première fois par la sénatrice du Wyoming, Cynthia Lummis, en 2024. Sa disposition centrale impose au gouvernement fédéral d’acheter 200 000 bitcoins par an pendant cinq ans, soit un total d’un million, et de les conserver au moins vingt ans. Mais le texte a rencontré des obstacles au Congrès, en raison de son coût budgétaire élevé et de craintes concernant un affaiblissement du statut du dollar.

Le projet de loi ARMA (American Reserve Modernization Act) a été officiellement déposé le 21 mai 2026 par le représentant républicain d’Alaska, Nick Begich, et le démocrate du Maine, Jared Golden, avec le soutien de plus de 14 parlementaires des deux bords. Par rapport au BITCOIN Act, ARMA adopte une approche plus prudente : il ne prévoit plus l’achat d’un million de bitcoins, mais intègre les bitcoins déjà détenus ou saisis à l’avenir dans la réserve stratégique, assortis d’une période d’indisponibilité obligatoire de vingt ans.

Cependant, certaines sources indiquent que Begich et Lummis continuent de défendre des versions législatives incluant l’objectif d’acquisition d’un million de bitcoins. Cette divergence dans la formulation des textes reflète les divisions persistantes au Congrès sur la trajectoire d’expansion de la réserve.

En quoi une période d’indisponibilité obligatoire de vingt ans change-t-elle la nature de l’actif de réserve ?

La disposition la plus marquante du projet de loi ARMA exige la conservation des bitcoins de réserve pendant au moins vingt ans. Durant cette période, les bitcoins de réserve ne peuvent être ni vendus, ni échangés, ni mis aux enchères, ni gagés, ni cédés de quelque manière que ce soit.

L’objectif stratégique est de transformer le bitcoin d’un « actif saisi jetable » en une « réserve stratégique nationale intouchable » — à l’image de l’or ou des réserves stratégiques d’énergie, et non d’un actif négociable soumis aux aléas politiques. La Maison-Blanche souligne que la revente prématurée de bitcoins par le passé aurait coûté environ 1,7 milliard de dollars aux contribuables ; la détention à long terme est perçue comme un avantage stratégique.

Au terme des vingt ans, le secrétaire au Trésor pourra recommander la vente de 10 % maximum de la réserve sur une période de deux ans. Le texte prévoit également une publication trimestrielle des avoirs de réserve et l’instauration d’un audit indépendant par un tiers.

En outre, le projet ARMA interdit explicitement au gouvernement fédéral d’utiliser la gestion de la réserve pour porter atteinte au droit des Américains de détenir, transférer ou conserver eux-mêmes des actifs numériques. Cette disposition vise à prévenir toute mesure réglementaire qui restreindrait la détention individuelle de bitcoins sous prétexte de « gestion de la réserve nationale ».

Que signifierait un objectif d’un million de bitcoins en réserve ?

Un objectif d’un million de bitcoins en réserve, quelle que soit la méthode d’acquisition, aurait un impact structurel sur l’offre et la demande mondiales de bitcoins.

Part de la circulation mondiale : Le nombre total de bitcoins est plafonné à 21 millions. En 2026, environ 19,8 millions de bitcoins ont été minés et circulent. Une réserve d’un million représenterait plus de 5 % de l’offre en circulation et environ 4,8 % de l’offre totale.

Comparaison des détentions gouvernementales : Selon Arkham Intelligence, le gouvernement américain détient actuellement environ 328 000 bitcoins, valorisés à plus de 21 milliards de dollars, ce qui en fait le premier détenteur souverain mondial. Les autres États : le Royaume-Uni contrôle environ 61 245 bitcoins, le Salvador 7 500 et le Bhoutan 5 400. Selon CoinGecko, les gouvernements détiendraient collectivement 471 380 bitcoins, soit 2,6 % de l’offre en circulation.

Évaluation de l’impact sur le marché : Si l’objectif d’acquisition d’un million de bitcoins du projet ARMA était mis en œuvre, le gouvernement américain augmenterait ses avoirs de plus de 670 000 bitcoins en cinq ans (de 328 000 à un million), soit environ 134 000 bitcoins par an, ce qui, au cours actuel, représenterait près de 8,5 milliards de dollars d’achats annuels. Un tel flux d’achats soutenus aurait des effets majeurs sur l’offre et la demande du marché.

Quel impact les élections de mi-mandat de 2026 auront-elles sur le processus législatif de la réserve ?

La trajectoire législative de la Strategic Bitcoin Reserve dépend d’une variable politique majeure : les élections de mi-mandat de novembre 2026.

Begich a déclaré que le projet ARMA vise à faire reconnaître le bitcoin comme actif de réserve et à verrouiller la politique, empêchant toute remise en cause par de futures administrations. Toutefois, si le Parti républicain, favorable aux cryptomonnaies, perd sa majorité lors de ces élections, le texte pourrait rencontrer des difficultés à court terme.

Sur le plan procédural, le projet ARMA doit être adopté par la Chambre des représentants et le Sénat, puis promulgué par le président pour entrer en vigueur. Malgré un parrainage bipartisan (Begich, républicain, et Golden, démocrate), le texte se heurte encore à d’importants obstacles procéduraux au Sénat.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Liz Huston, a indiqué que l’administration poursuivra l’évaluation de la meilleure structure pour la réserve afin de concrétiser la vision d’un dépôt d’actifs numériques, sans préciser de calendrier. La promesse de Witt, en avril 2026, d’une « annonce majeure dans les semaines à venir » n’a pas encore été tenue.

Conclusion

L’initiative de la Maison-Blanche pour une Strategic Bitcoin Reserve se trouve à la croisée des chemins, entre décret exécutif et législation du Congrès. Des questions juridiques fondamentales empêchent le Trésor de gérer directement la réserve, les conflits de compétence ont poussé le département du Commerce comme alternative, et l’évolution du BITCOIN Act et du projet ARMA traduit un recentrage stratégique, passant d’une « expansion agressive » à une « consolidation des avoirs existants ».

Que la gestion de la réserve soit finalement confiée au Trésor, au Commerce ou à une autre agence — et que la taille de la réserve reste à 328 000 bitcoins ou atteigne le million visé —, la dynamique actuelle confirme une réalité : le bitcoin passe d’un actif marginal à un candidat pour les réserves stratégiques nationales. Pour le marché, la question n’est plus « si cela arrivera », mais « comment et dans quels délais » — ce qui constitue le cœur du bras de fer juridique, budgétaire et politique de ce « trilemme ».

Foire aux questions

Pourquoi la Strategic Bitcoin Reserve américaine est-elle actuellement dans l’impasse ?

Selon Bloomberg, deux obstacles majeurs subsistent : le conflit de compétence entre les départements du Trésor et du Commerce, et les doutes sur la capacité juridique du Trésor à gérer une réserve de bitcoins. Le décret exécutif a été signé en 2025, mais il ne dispose pas de force légale complète et nécessite une loi du Congrès pour être mis en œuvre.

Combien de bitcoins le gouvernement américain détient-il actuellement ?

Arkham Intelligence estime que le gouvernement américain possède environ 328 000 bitcoins, valorisés à plus de 21 milliards de dollars. Ces avoirs proviennent principalement de confiscations pénales et civiles, notamment du célèbre dossier Silk Road et des fonds récupérés lors du piratage de Bitfinex.

Quelles différences entre le BITCOIN Act et le projet de loi ARMA ?

Le BITCOIN Act impose au gouvernement d’acheter un million de bitcoins sur cinq ans et de les conserver vingt ans. Le projet ARMA est plus prudent : il ne prévoit plus d’achats, mais intègre les bitcoins déjà détenus ou saisis à l’avenir dans la réserve, également assortis d’une période d’indisponibilité obligatoire de vingt ans. Toutefois, certains élus défendent encore des versions incluant l’objectif d’un million de bitcoins.

Quelle est la portée de la période d’indisponibilité obligatoire de vingt ans ?

Cette disposition vise à transformer le bitcoin d’un « actif saisi jetable » en une « réserve stratégique nationale intouchable », le protégeant des pressions politiques à court terme et le rapprochant du statut de l’or ou des réserves stratégiques d’énergie. Pendant cette période, les bitcoins ne peuvent être ni vendus, ni échangés, ni mis aux enchères, ni gagés, ni cédés de quelque manière que ce soit.

Quel impact les élections de mi-mandat de 2026 auront-elles sur la législation relative à la réserve ?

Si le Parti républicain, favorable aux cryptomonnaies, perd sa majorité lors des élections de novembre 2026, le projet ARMA pourrait rencontrer des difficultés à court terme. Malgré un soutien bipartisan, le texte fait toujours face à d’importants obstacles procéduraux au Sénat.

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