Les tensions géopolitiques et l’évolution des anticipations de politique monétaire exercent actuellement une double pression rare sur le marché de l’or. Au 28 mai 2026, le cours de l’or a atteint son niveau le plus bas depuis deux mois. Selon les données de marché Gate, l’once d’or (XAU) s’échange actuellement à 4 380 USD, soit une baisse de 1,7 % sur les dernières 24 heures.
Précédemment, le marché anticipait qu’un accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran déboucherait rapidement sur une paix durable, tout en s’attendant à ce que la Réserve fédérale américaine (Fed) amorce progressivement un cycle de baisse des taux. Cependant, ces deux récits centraux se sont nettement inversés au cours des deux dernières semaines.
Pourquoi la prime géopolitique n’a-t-elle pas soutenu les cours de l’or ?
Les risques géopolitiques constituent généralement le moteur le plus direct des hausses de l’or. Pourtant, les récents développements entre les États-Unis et l’Iran révèlent une déconnexion inhabituelle entre le bruit médiatique et la réalité : l’intensité du conflit n’a pas véritablement augmenté et le dividende de la paix attendu ne s’est pas matérialisé.
Ces derniers jours, les frappes militaires entre les deux parties sont restées limitées. Toutefois, les responsables américains continuent d’affirmer que l’accord de cessez-le-feu demeure en vigueur. Parallèlement, des rumeurs circulent sur une réouverture imminente du détroit d’Ormuz et la conclusion prochaine d’un accord, sans qu’aucune confirmation officielle ne soit apportée.
Cette incertitude ne s’est pas traduite par des achats soutenus d’or. En effet, la logique de valorisation de l’or face aux événements géopolitiques a évolué : elle ne s’appuie plus sur « le risque existe », mais sur « le risque s’aggrave-t-il à la marge ? ». Tant que la situation ne dépasse pas le niveau actuel d’intensité, le marché se concentre davantage sur les perspectives de reprise de l’offre en cas de réouverture du détroit. Autrement dit, le statu quo entre les États-Unis et l’Iran est désormais considéré comme le « scénario de base » par le marché, et non plus comme un choc inattendu, ce qui explique l’absence de soutien pour les prix de l’or.
Comment le changement de cap de la Fed pèse sur les attributs monétaires de l’or
Les propriétés monétaires de l’or sont particulièrement sensibles aux taux d’intérêt réels américains. L’évolution actuelle du discours de la Fed exerce une pression baissière plus persistante sur le métal jaune.
De plus en plus de responsables de la Réserve fédérale déclarent publiquement que la banque centrale devrait abandonner son orientation accommodante. Cela signale une probabilité nettement accrue d’un virage restrictif lors de la réunion du FOMC de juin. La logique sous-jacente est la suivante :
- Les données sur l’inflation américaine témoignent d’une résilience supérieure aux attentes ;
- Le marché du travail et la consommation n’affichent pas de faiblesse suffisante pour justifier une baisse des taux ;
- Si la situation entre les États-Unis et l’Iran ne se détériore pas significativement, la Fed pourra recentrer sa politique sur la lutte contre l’inflation.
Cela implique que le marché doit revoir à la baisse ses anticipations de multiples baisses de taux cette année. Une fois la posture accommodante officiellement abandonnée, les anticipations de taux réels seront réévaluées à la hausse, ce qui renchérit sensiblement le coût de détention de l’or, un actif non productif de rendement. Il s’agit là du facteur monétaire profond qui pèse actuellement sur le cours de l’or.
Comment l’impasse américano-iranienne et le ton restrictif de la Fed se conjuguent pour influencer l’or
Chacune de ces variables peut, à elle seule, faire bouger le prix de l’or, mais actuellement, elles agissent toutes deux dans le même sens et se renforcent mutuellement.
Premier niveau : demande de couverture mal alignée. Si l’impasse entre les États-Unis et l’Iran perdure, elle devrait en théorie stimuler la demande de valeurs refuges. Cependant, si les prix du pétrole restent élevés en raison du maintien de l’ouverture du détroit d’Ormuz, cela alimente davantage les anticipations d’inflation et renforce la posture restrictive de la Fed. Ainsi, la fonction refuge de l’or est neutralisée par des effets monétaires négatifs.
Deuxième niveau : divergence des trajectoires d’anticipations. Le marché intègre actuellement deux scénarios possibles :
- Scénario A : la situation se résout, le détroit rouvre → les prix du pétrole baissent → les anticipations de baisse des taux augmentent → soutien théorique pour l’or ;
- Scénario B : le détroit reste fermé plus longtemps → les prix du pétrole demeurent élevés → risque de hausse des taux par la Fed → pression sur l’or.
Le marché évolue du scénario A vers le scénario B. Ce déplacement des anticipations génère lui-même une pression vendeuse persistante sur l’or.
Pourquoi le détroit d’Ormuz est-il devenu le nœud clé dans la valorisation de l’or ?
Le statut de navigation du détroit d’Ormuz constitue le principal mécanisme de transmission entre la géopolitique américano-iranienne et les anticipations d’inflation mondiales. Actuellement, la valorisation de cette variable par le marché est clairement asymétrique.
Si le détroit rouvre : Les prix du pétrole seront sous pression baissière, ce qui atténuera l’inflation mondiale. Cela offrirait à la Fed davantage de flexibilité, ravivant potentiellement les anticipations de baisse des taux. Dans ce scénario, l’or trouverait un soutien grâce à « l’allègement de la pression sur les taux » et à « l’anticipation d’un dollar plus faible ».
Si le détroit reste fermé ou si les tensions s’aggravent : Les prix du pétrole resteront élevés, voire augmenteront, alimentant directement l’inflation énergétique et renforçant le scénario d’une Fed contrainte de relever ses taux. Dans ce cas, l’or subit une double peine : hausse des taux réels et coût de détention accru.
La chute actuelle de l’or à 4 380 USD reflète l’accumulation d’une prime de risque sur le scénario « détroit fermé + Fed restrictive », sans pour autant que ce scénario soit pleinement intégré dans les cours.
Quels sont les principaux moteurs macroéconomiques de la tendance de l’or à moyen terme ?
À moyen terme, la trajectoire de l’or dépendra de trois variables principales, et non d’un seul événement.
Variable 1 : avancées concrètes dans les négociations américano-iraniennes. L’attention doit porter sur les confirmations officielles de la mise en œuvre du cessez-le-feu, les annonces sur la navigation dans le détroit d’Ormuz et l’efficacité des interventions diplomatiques tierces, et non sur les rumeurs. Toute avancée significative pourrait déclencher un rebond structurel du prix de l’or.
Variable 2 : évolution du discours lors du FOMC de juin. Si le communiqué abandonne toute mention d’« orientation accommodante », ou si le dot plot réduit à une ou zéro le nombre de baisses de taux prévues pour 2026, cela exercera une pression à moyen terme sur l’or. À l’inverse, si la Fed conserve de la flexibilité en raison d’une escalade inattendue des tensions américano-iraniennes, la pression sur l’or s’atténuera temporairement.
Variable 3 : trajectoire effective des données d’inflation. Si les indices CPI et PCE des 1 à 2 prochains mois affichent une tendance baissière claire, même en cas d’impasse géopolitique, la Fed disposera de davantage de marge de manœuvre. Ce facteur macroéconomique clé, qui pèse actuellement sur l’or, s’en trouverait affaibli.
Ces trois variables n’agissent pas isolément : elles s’imbriquent et interagissent. L’enjeu n’est pas la direction prise par chacune, mais le moment où elles commenceront à converger.
Comment les investisseurs doivent-ils comprendre la logique actuelle de valorisation du risque sur l’or ?
Le marché de l’or présente une caractéristique notable : les prix réagissent plus fortement aux mauvaises nouvelles qu’aux bonnes. C’est typique d’une phase de « valorisation sous pression ».
D’un point de vue gestion des risques, il est important de distinguer deux types de risques à ce stade :
Le risque géopolitique est hautement non linéaire. La situation entre les États-Unis et l’Iran peut basculer d’un extrême à l’autre en quelques heures. Ainsi, même si l’or est actuellement sous pression, des événements soudains pourraient provoquer un retournement rapide. Ce risque ne peut être écarté par une analyse linéaire.
Le risque de politique monétaire est plus prévisible. L’orientation de la Fed dépend de données économiques observables et évolue à un rythme relativement lent. Ce risque peut être évalué de façon ordonnée en suivant l’emploi, l’inflation et la consommation.
En comparaison, la principale force baissière sur l’or provient actuellement de la politique monétaire, tandis que le potentiel de rebond est porté par la géopolitique. Cette asymétrie suggère que l’or pourrait évoluer selon un schéma de « baisse progressive, rebond rapide » à court et moyen terme.
Synthèse
L’impasse entre les États-Unis et l’Iran n’a pas dégénéré en conflit ouvert, mais s’est installée dans une phase de « statu quo sans avancée », tandis que la probabilité d’un virage restrictif de la Fed augmente sensiblement. Ces deux variables indépendantes agissent désormais de concert, poussant le cours de l’or à un plus bas de deux mois, à 4 380 USD.
Le statut de navigation du détroit d’Ormuz est le nœud clé reliant ces deux dynamiques : la fermeture renforce la logique d’inflation et de hausse des taux, tandis que la réouverture pourrait soutenir l’or via la baisse des prix du pétrole et le retour des anticipations de baisse de taux. À moyen terme, les avancées concrètes dans les discussions américano-iraniennes, l’évolution du discours lors du FOMC de juin et la trajectoire des données d’inflation seront les trois variables déterminantes pour la direction de l’or.
La valorisation actuelle du marché montre que les investisseurs accumulent une prime de risque sur le scénario « statu quo + virage restrictif ». Le risque géopolitique est fortement non linéaire, tandis que le risque monétaire est plus prévisible — cette configuration suggère que l’or devrait suivre une trajectoire de baisse progressive suivie de rebonds rapides.
Foire aux questions (FAQ)
Q : Quelles sont les principales raisons de la chute de l’or à un plus bas de deux mois ?
R : Deux raisons principales. Premièrement, il n’y a pas eu de progrès substantiel entre les États-Unis et l’Iran — aucune confirmation officielle de cessez-le-feu ni de réouverture du détroit d’Ormuz —, ce qui prive le marché de signaux géopolitiques positifs. Deuxièmement, les voix restrictives se multiplient au sein de la Fed, avec davantage de responsables plaidant pour l’abandon du biais accommodant, ce qui renforce les anticipations d’un virage restrictif lors du FOMC de juin.
Q : En quoi le statut du détroit d’Ormuz influence-t-il le cours de l’or ?
R : Le statut de navigation du détroit agit sur l’or via les prix du pétrole, les anticipations d’inflation et la politique de la Fed. Si le détroit rouvre, la baisse du pétrole atténuera l’inflation et créera des conditions favorables à une baisse des taux, ce qui soutiendra l’or. Si le détroit reste fermé durablement, les prix élevés du pétrole renforceront l’inflation, augmenteront le risque de hausse des taux par la Fed et pèseront sur l’or.
Q : Quels ajustements la Fed pourrait-elle opérer lors de la réunion de juin ?
R : Les points à surveiller sont la suppression éventuelle de toute référence à un « biais accommodant » dans le communiqué, ainsi que l’évolution du dot plot concernant le nombre de baisses de taux attendues en 2026. Si les deux évoluent dans un sens restrictif, l’or subira une pression à moyen terme.
Q : Pourquoi le risque géopolitique n’a-t-il pas fait grimper l’or ?
R : Parce que la logique de valorisation de l’or face aux événements géopolitiques est passée de « le risque existe » à « le risque s’aggrave-t-il à la marge ? ». Tant que les tensions américano-iraniennes ne dépassent pas le niveau actuel, le marché privilégie la perspective d’une reprise de l’offre en cas de réouverture du détroit.
Q : Le prix actuel de l’or reflète-t-il pleinement tous les risques ?
R : Le prix actuel de l’or reflète l’accumulation d’une prime de risque sur le scénario « statu quo + virage restrictif », sans pour autant intégrer pleinement ce scénario. La nature non linéaire du risque géopolitique implique que des événements soudains pourraient encore modifier rapidement la logique de valorisation.




