Le 26 septembre 2025, la chambre basse polonaise (Sejm) a adopté, par 230 voix contre 196, le projet de loi sur le Marché des Crypto-Actifs (Crypto-Assets Market Act, ci-après « la Loi »). Bien que la Loi doive encore être examinée par le Sénat, signée par le Président et entrer en vigueur 14 jours après sa publication (à l’exception de l’Article 70 : les dispositions relatives au blocage des noms de domaine Internet, à l’enregistrement des répertoires et aux restrictions d’accès n’entreront en vigueur que 4 mois après la publication), ce jalon législatif marque l’entrée du pays dans une nouvelle ère de régulation des crypto-actifs.
Cette Loi n’est pas seulement la « charte générale » de la régulation des crypto-actifs en Pologne, elle s’aligne également en profondeur sur le cadre unifié du MiCA de l’Union européenne : au cours du processus législatif, le texte a fait l’objet d’environ 3 à 4 lectures et de 45 amendements (y compris des ajustements sur les limites d’autorisation et les standards d’amende), assurant une transition en douceur d’une ère de « registre anti-blanchiment » vers une régulation ordonnée et complète par licence.
Pour les acteurs souhaitant exercer en Pologne des activités de trading de crypto-actifs, d’émission de jetons, de conservation ou de règlement de paiements, cela signifie que la lumière réglementaire va bientôt tout éclairer : à l’avenir, il faudra impérativement être titulaire d’une licence pour opérer, sous peine d’amende ou d’exclusion du marché.
Les entités soumises à la régulation définies par la Loi sont en parfaite cohérence avec le MiCA. La Pologne n’a pas redéfini les frontières de la régulation, mais a intégré dans son droit interne l’ensemble des objets et champs d’activité établis par le MiCA. Les entités concernées sont notamment :
Émetteurs de jetons : y compris les « émetteurs de jetons adossés à des actifs » et les « émetteurs de jetons de monnaie électronique ».
Prestataires de services sur crypto-actifs étrangers : les entités d’autres États membres de l’UE peuvent fournir des services transfrontaliers en Pologne via le « passeport » de l’Article 63 du MiCA.
En résumé, toute entité opérant ou fournissant des services sur crypto-actifs en Pologne, quel que soit le lieu d’enregistrement de la société, doit obtenir une licence ou se retirer du marché.
La Loi instaure un régime typique d’autorisation pour les activités sur crypto-actifs. Seules les entités autorisées par l’Autorité polonaise de supervision financière (Komisja Nadzoru Finansowego, KNF) et titulaires d’une licence de prestataire de services sur crypto-actifs (CASP License) peuvent opérer légalement.
Elles peuvent exercer des activités approuvées en Pologne ou auprès d’utilisateurs polonais. Après l’obtention de la licence, elles doivent respecter en continu leurs obligations de conformité (rapports périodiques, audit interne, suffisance de capital, contrôle du risque, etc.).
Celles qui fournissent des services de crypto-actifs sans autorisation s’exposent à de lourdes amendes ou à des sanctions pénales. La Loi énumère clairement les infractions et les standards de sanction (voir ci-dessous).
C’est le cœur de la Loi et l’aspect le plus crucial. La logique réglementaire est claire : pour obtenir une licence, il faut des fonds, des procédures et des compétences.
La Loi stipule que les CASP doivent « disposer de fonds suffisants » (sufficient funds), ce qui ne se limite pas à un seuil minimal de capital social, mais inclut aussi la gestion de la liquidité, la constitution de réserves pour le risque, la protection par ségrégation des actifs des clients, etc., afin de garantir la conformité et la solvabilité même en cas de fluctuation du marché ou d’événements à risque.
À ce jour, la Pologne n’a pas encore publié de règlement secondaire sur le capital social minimal, le standard du MiCA reste donc la principale référence. Voici les exigences minimales de capital social selon le type de service fourni par les CASP dans le MiCA :
En plus du capital social libéré, les autorités exigent que les CASP maintiennent un « capital suffisant en continu » ; en cas d’insuffisance due à la fluctuation de l’activité ou à des pertes de marché, il faut reconstituer les fonds sans délai.
Les entités licenciées doivent assurer la conformité et la gestion des risques tout au long de leur activité. La Loi prévoit à cet effet des exigences de contrôle du risque et de conformité à plusieurs niveaux.
La Loi exige que les CASP mettent en place un système complet de gouvernance et de conformité, comprenant :
L’Article 22 insiste particulièrement : chaque entité doit établir un règlement interne détaillant les standards techniques de « confidentialité professionnelle et de protection de l’information ». Ces standards couvrent non seulement l’entreprise, mais aussi la sécurité des systèmes, l’accès aux données, le chiffrement de l’information, les mécanismes de transmission interne, etc.
Les détails techniques de ces standards ne figureront pas tous dans le texte principal de la Loi, mais seront publiés progressivement par la KNF sous forme de « règlements secondaires ». Ces règlements secondaires harmoniseront le contenu des rapports, les procédures, les standards techniques de conformité, les standards de cybersécurité et les interfaces de régulation, afin d’assurer une application uniforme. Cela signifie que les entités licenciées devront suivre de près les directives, règles et standards d’application publiés par la KNF, sous peine de « conformité de forme mais non de fond ».
Les CASP doivent régulièrement communiquer à la KNF les informations suivantes :
Tout événement susceptible d’affecter la sécurité des actifs des clients ou la stabilité du marché doit être signalé immédiatement, avec les mesures prises. L’autorité de régulation peut également publier les décisions de sanction pour garantir la transparence et la responsabilité du marché.
Les entités licenciées doivent mettre en place un système couvrant l’ensemble des risques de marché, opérationnels et de liquidité. Les exigences incluent :
En matière de protection des investisseurs et de transparence, la Loi impose des exigences accrues aux entités licenciées :
L’objectif est de restaurer la confiance des investisseurs et la sécurité du marché par la construction d’un cadre institutionnel.
Conformément aux standards européens, les CASP doivent appliquer :
Les infractions peuvent entraîner non seulement des amendes, mais aussi la révocation de la licence.
Les entités licenciées doivent :
Les modèles et délais précis seront définis dans les règlements secondaires opérationnels à venir de la KNF.
Outre les exigences de conformité et le cadre réglementaire, la Loi polonaise sur les crypto-actifs définit strictement les limites de comportement des acteurs du secteur, énumérant clairement les infractions et violations à éviter. Elle introduit également des dispositions pénales, érigeant une « ligne rouge » pour les infractions dans le domaine des crypto-actifs, afin de garantir la transparence et l’ordre du marché par des sanctions sévères.
Voici les principales infractions pénales et sanctions définies par la Loi :
Pour faciliter la transition du marché et éviter toute interruption d’activité, la Loi prévoit une période transitoire pour les prestataires de services sur crypto-actifs (VASPs) déjà enregistrés : ceux qui sont actuellement enregistrés au titre de la réglementation anti-blanchiment pourront continuer à opérer conformément aux règles en vigueur jusqu’au 1er juillet 2026, mais devront progressivement se conformer aux nouvelles normes et obtenir l’autorisation CASP avant la date limite. Voici les exigences spécifiques de la Loi pour la période transitoire ; les acteurs du marché devront également suivre l’entrée en vigueur des règlements secondaires d’application.