Perspectives à l'international | Maroc : un marché Web3 sous-estimé en pleine expansion

Sur la côte atlantique de l’Afrique du Nord, le Maroc joue une partie unique dans l’expérimentation financière. Ici, l’une des interdictions de cryptomonnaie les plus strictes au monde a été en place, mais en même temps, c’est aussi le pays avec le taux d’adoption de cryptomonnaie le plus élevé en Afrique du Nord.

Lorsque les portes officielles se ferment, celles du secteur privé s’ouvrent largement. Des bureaux de Casablanca aux marchés de Marrakech, les actifs numériques deviennent une arme invisible pour des millions de Marocains face à l’inflation et aux contrôles de change. En 2025, avec l’assouplissement de la réglementation, il est nécessaire de réévaluer cette mer bleue à fort potentiel.

(Auteur ayant personnellement voyagé au Maroc ce mois-ci, recueillant des informations de première main en discutant avec des passants et des commerçants dans les rues de Casablanca, Marrakech, Fès, Chefchaouen, etc.)

Si l’on se limite aux textes législatifs, le Maroc semble être un désert pour la cryptomonnaie. Dès 2017, l’Office des Changes et la Banque Centrale du Maroc ont publié conjointement un communiqué interdisant explicitement l’utilisation de cryptomonnaies pour les transactions, sous peine de sanctions pour violation des règles de change.

Cependant, les données racontent une toute autre histoire.

Selon le rapport « Indice mondial d’adoption des cryptomonnaies » publié par la société d’analyse blockchain Chainalysis, le Maroc est resté en tête en Afrique du Nord et parmi les premiers mondiaux ces dernières années. En particulier entre 2022 et 2024, malgré un marché baissier, le classement du Maroc est resté solide.

Des chiffres encore plus surprenants proviennent des détentions. Selon TripleA et plusieurs institutions fintech locales, la proportion de détenteurs de cryptomonnaies au Maroc approche 10-15 % de la population totale. Cela signifie que, dans ce pays d’environ 37 millions d’habitants, des millions de personnes ont déjà ou sont en train d’accéder aux actifs numériques sous une certaine forme.

Ce n’est pas seulement un jeu pour les riches. Au Maroc, la popularité des cryptomonnaies présente des caractéristiques très « grassroots » et « jeunes ». Cette vaste base d’utilisateurs s’est développée naturellement, sans plateforme d’échange officielle, sans canal bancaire pour les dépôts et retraits, et même face à des risques juridiques.

Ce phénomène de « plus c’est interdit, plus c’est populaire » cache une logique de marché particulière. Pour comprendre l’engouement du marché marocain, il faut d’abord saisir ses points faibles financiers.

Le Maroc applique un contrôle strict des devises. Le dirham marocain (MAD) n’est pas une monnaie totalement convertible. Pour les citoyens ordinaires, transférer de grosses sommes à l’étranger ou recevoir de petits paiements commerciaux internationaux est à la fois compliqué et soumis à des limites strictes.

Cela crée un besoin réel pour la cryptomonnaie, en particulier pour les stablecoins (comme l’USDT).

Le Maroc dispose d’une grande jeunesse maîtrisant le français et l’anglais, active sur des plateformes mondiales de freelancing comme Upwork, Fiverr, etc., dans des domaines tels que la programmation, le design ou la traduction. Pour ces jeunes, recevoir des fonds étrangers via le système bancaire traditionnel (SWIFT) est long (souvent 3 à 5 jours ouvrables), coûte cher, et peut même entraîner le gel des fonds par la banque en raison de la source des fonds.

Ainsi, l’USDT est devenu une alternative idéale. Dans la communauté technologique et les groupes sociaux marocains, les échanges P2P (peer-to-peer) sont extrêmement actifs. Les freelances reçoivent des USDT, puis, via des plateformes comme Binance P2P, les échangent en quelques minutes contre des dirhams pour les déposer sur leur compte bancaire local, ou échangent directement en cash en face à face. Ce processus contourne totalement les restrictions du système SWIFT, constituant une infrastructure essentielle pour l’économie gig (travail à la tâche) au Maroc.

Au-delà des paiements, les paiements transfrontaliers posent aussi problème. De nombreux commerçants marocains impliqués dans le commerce électronique transfrontalier (par exemple, importation de petits produits de Chine) découvrent que demander un quota de devises à leur banque pour payer leurs fournisseurs peut prendre du temps, voire faire manquer des opportunités.

La cryptomonnaie offre une solution de « règlement instantané ». Bien que cette pratique soit dans une zone grise, dans le quartier d’affaires de Casablanca, utiliser la cryptomonnaie pour régler une partie des paiements est devenu un secret de polichinelle.

Cas réel : l’aide « airdrop » en cas de tremblement de terre Si le contrôle des devises est un moteur à long terme, le tremblement de terre de 2023 a été une « mise à l’épreuve » pratique de la capacité de la cryptomonnaie à répondre aux besoins.

En septembre 2023, un fort séisme a frappé la région d’Al Haouz, causant de lourdes pertes humaines et matérielles. Pendant la période critique de secours, les agences bancaires traditionnelles fermaient, les distributeurs automatiques étaient hors service ou les liquidités épuisées, et les sinistrés avaient un besoin urgent de fonds pour acheter des fournitures.

C’est alors que Binance, la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde, a annoncé un airdrop pour les utilisateurs marocains.

Ce n’est pas une opération marketing fictive, mais un cas réel :

· Binance a identifié, via la vérification d’identité (KYC) et l’adresse, les utilisateurs de Marrakech-Safi les plus touchés.

· Elle a directement airdropé 100 dollars en BNB (Binance Coin) à ces comptes.

· Pour les utilisateurs marocains actifs mais hors du centre de la catastrophe, un montant plus faible a été distribué.

· Le total des dons s’élève à 3 millions de dollars.

Ce fonds, bien qu’incapable de reconstruire les maisons, a montré une facette essentielle de la cryptomonnaie : sans frontières, sans intermédiaires, avec une rapidité d’exécution. Beaucoup d’utilisateurs ont rapidement converti ces tokens en monnaie locale via des canaux P2P pour acheter des tentes et de la nourriture.

Cet événement a profondément marqué la société marocaine. Il a permis à beaucoup de personnes initialement sceptiques envers la « monnaie virtuelle » de réaliser que ce n’était pas seulement un outil de spéculation, mais aussi un réseau de transmission de valeur capable de fonctionner dans des environnements extrêmes.

En 2025, le marché marocain connaît une transformation qualitative.

Avec la rédaction et la soumission officielle par la Banque Centrale du Maroc (Bank Al-Maghrib) d’un projet de loi sur la régulation des actifs numériques, ce pays d’Afrique du Nord passe d’un « interdit total » à une « régulation encadrée ».

Pour les entreprises et investisseurs à l’international, que cela signifie-t-il ?

L’ouverture d’une voie réglementaire : Avec l’avancement du projet de loi, les licences d’échange et de garde deviendront des ressources rares. Ceux qui pourront s’implanter rapidement à Casablanca, dans le CFC, pourront capter ces millions d’utilisateurs déjà éduqués au marché. L’émergence de scénarios de paiement : Le Maroc possède un taux de pénétration mobile très élevé. Une fois les barrières réglementaires levées, les paiements mobiles basés sur stablecoins et les applications de transfert d’argent connaîtront une croissance explosive, défiant directement les sociétés de transfert traditionnelles (Western Union, etc.). Le potentiel en talents : Le Maroc dispose de l’un des meilleurs viviers d’ingénieurs en Afrique du Nord. Le coût des développeurs Web3 y est bien inférieur à celui de l’Europe ou des États-Unis, sans pour autant sacrifier la qualité technique. Le Maroc n’est ni Dubaï ni Singapour. Il possède une empreinte unique du Nord de l’Afrique : une population jeune, des besoins croissants en paiements transfrontaliers, et une conscience réglementaire en pleine évolution. Les 6 millions d’utilisateurs de cryptomonnaies ici ne sont pas issus de la publicité, mais de besoins réels. Ce marché basé sur des problématiques concrètes est souvent plus dynamique que celui de la spéculation pure.

Pour les acteurs du Web3, ne vous limitez pas à la Silicon Valley ou à Hong Kong. Entre le désert et l’océan en Afrique du Nord, le Maroc, cette pièce sous-estimée du puzzle mondial, pourrait bien être la pièce manquante du tableau global.

(Nota : Les données mentionnées dans cet article proviennent du rapport annuel Chainalysis 2022–2024, des données d’adoption mondiale de TripleA, et des reportages publics du média local Hespress sur l’aide suite au tremblement de terre de 2023.)

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