Ouverture
La Banque centrale européenne (BCE) s’est opposée à des propositions visant à assouplir les règles relatives aux stablecoins libellés en euros lors d’une réunion des ministres des Finances de l’UE à Nicosie, le 22 mai 2026. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, et d’autres responsables bancaires ont résisté à des projets qui rendraient plus simple pour des entreprises privées d’émettre des stablecoins en euros. D’après Reuters, des responsables de la BCE ont averti que l’augmentation de l’émission de stablecoins en euros pourrait affaiblir le financement des banques, réduire l’activité de prêt et compliquer le pilotage des taux d’intérêt. Le débat met en lumière une tension plus large en Europe sur le rôle de la finance numérique et des stablecoins privés face aux infrastructures bancaires traditionnelles.
Les inquiétudes de la BCE en matière de stabilité bancaire
La résistance de la BCE s’articule autour des risques pour la stabilité financière. D’après des sources de Reuters citées dans l’article, Christine Lagarde a averti que l’adoption plus large de stablecoins en euros pourrait déclencher des sorties de dépôts des banques traditionnelles. Lorsque les utilisateurs déplacent leur argent vers les stablecoins, les banques perdent une partie de leur base de financement, ce qui pourrait réduire la capacité de prêt dans l’ensemble de l’économie.
Les responsables de la BCE ont également fait part de leur crainte que les stablecoins affaiblissent la capacité de la banque centrale à transmettre efficacement la politique monétaire via les taux d’intérêt. La position de la BCE s’inscrit dans une préférence plus large pour les dépôts bancaires tokenisés plutôt que pour des stablecoins émis en privé.
La position récente de la BCE intervient alors que les décideurs examinent le cadre européen Markets in Crypto-Assets, connu sous le nom de MiCA. Au cœur du débat se trouve une proposition du think tank bruxellois Bruegel, qui a suggéré d’assouplir les exigences de liquidité pour les émetteurs de stablecoins et, potentiellement, d’autoriser les entreprises de stablecoins à accéder à des dispositifs de financement de la BCE. Les responsables de la BCE se sont fortement opposés à cette proposition.
L’argument contraire de la « digitalisation du dollar »
Les partisans de la réforme soutiennent que l’Europe risque de prendre du retard en matière d’innovation dans la finance numérique. Bruegel a averti que des règles plus strictes au sein de l’UE pourraient pousser l’activité crypto à l’étranger et amener les utilisateurs à se tourner vers des stablecoins adossés au dollar comme USDT et USDC si les alternatives en euros restent limitées. Bruegel a décrit cette tendance comme une « digitalisation du dollar ».
La crainte évoquée par Bruegel est que des marchés tokenisés, des plateformes de finance décentralisée et des paiements transfrontaliers puissent devenir durablement dominés par des actifs adossés au dollar, en raison d’effets de réseau et de liquidité plus profonde. Cette comparaison a pris de l’urgence après l’adoption, aux États-Unis, de la loi GENIUS Act, qui a introduit en 2025 des exigences plus légères concernant les stablecoins, ce qui aurait contribué à renforcer le rôle mondial du dollar dans la finance numérique.