Le 5 mars 2026, heure locale, la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis a publié l’annonce de poursuite n°26496, présentant le projet de jugement final concernant les actions contre Sun Yuchen, la Fondation TRON (TRON Foundation, ci-après TRON), la Fondation BitTorrent (ci-après BitTorrent) et Rainberry, Inc. Ce document a été approuvé et enregistré par le tribunal fédéral du district sud de New York le 9 mars. Ce litige, qui a duré près de trois ans et portait sur la régulation des cryptomonnaies liées au jeton TRX, arrive à son terme. Selon le projet de jugement final déposé par la SEC le 5 mars 2026, Rainberry se voit infliger une injonction permanente et une amende civile de 10 millions de dollars pour violation de l’article 17(a)(3) de la loi sur les valeurs mobilières ; la SEC prévoit également de retirer toutes les autres accusations contre Rainberry, ainsi que contre Sun Yuchen, TRON et BitTorrent.
Ainsi, une bataille réglementaire de trois ans aboutit à une résolution amiable. Derrière cette affaire, on peut percevoir une possible réorientation de la régulation des cryptomonnaies aux États-Unis : pourquoi la SEC ne poursuit-elle que les transactions de lavage et retire-t-elle les autres accusations ? Comment la stratégie de régulation de la SEC a-t-elle évolué depuis l’arrivée de Trump ? Quelles lignes rouges en matière de conformité cette résolution pourrait-elle révéler aux projets, plateformes d’échange et investisseurs du secteur crypto ? Cet article, en s’appuyant sur l’annonce officielle de la SEC et le contexte de l’affaire, analysera les logiques et signaux sous-jacents.
Pour comprendre la logique profonde du règlement entre la SEC, Sun Yuchen et les entités concernées, il est nécessaire de revenir au début du différend, en clarifiant les fondements et accusations légales initiaux de la SEC. En remontant à 2023, la SEC a officiellement intenté une action en justice le 22 mars devant le tribunal du district de Manhattan (n° d’affaire 1:23-cv-02433), visant Sun Yuchen ainsi que TRON, BitTorrent et Rainberry, trois entités affiliées. La plainte a été modifiée en avril de l’année suivante. La SEC accuse principalement ces entités de violations liées à l’émission, la négociation et la promotion du jeton TRX, notamment en violation des lois américaines sur les valeurs mobilières de 1933 et 1934, notamment pour émission non enregistrée, manipulation de marché et divulgation de promotion par des célébrités. Ce procès a été lancé durant la présidence de Gary Gensler, alors à la tête de la SEC, qui prônait une régulation stricte du secteur crypto, suscitant une opposition large dans l’industrie. Les trois principales accusations de la SEC sont :
La SEC accuse Sun Yuchen, depuis août 2017, d’avoir distribué des milliards de jetons TRX et BTT à des investisseurs mondiaux, y compris aux États-Unis, via des programmes de récompenses, airdrops et ventes sur le marché secondaire, sans avoir effectué les enregistrements requis, en violation des articles 5(a) et 5© de la loi sur les valeurs mobilières de 1933.
C’est le point central du litige. La SEC indique que, entre 2018 et 2019, Sun Yuchen aurait réalisé des profits supérieurs à 31,9 millions de dollars en émettant et vendant illégalement des TRX. Par ailleurs, pour maintenir le prix du TRX et créer une illusion d’activité, il aurait ordonné à ses employés de réaliser plus de 600 000 transactions de lavage entre ses comptes contrôlés. La SEC accuse Rainberry d’avoir facilité ces opérations en créant des transactions sans changement réel de propriété, gonflant artificiellement le volume de trading du TRX et fabriquant de fausses données de marché.
Image : La SEC accuse Sun Yuchen d’avoir réalisé un profit de plus de 31,9 millions de dollars via la vente illégale de TRX.
La SEC reproche également à Sun Yuchen d’avoir orchestré des campagnes de promotion du TRX et BTT par des célébrités telles que Lindsay Lohan, Jake Paul, Akon, Ne-Yo, etc., sur les réseaux sociaux, sans divulguer que ces personnalités avaient été rémunérées pour leur promotion. Six célébrités ont déjà versé plus de 400 000 dollars en confiscations, intérêts et amendes civiles, en acceptant de ne pas reconnaître ni nier les accusations de la SEC. Austin Mahone a également réglé l’affaire en août 2023 par une décision amiable. Enfin, la SEC a récemment annoncé la suspension des poursuites contre DeAndre Cortez Way.
Ce litige, qui a duré près de trois ans, s’est finalement résolu par un accord, résultat de plusieurs facteurs : une évolution de la stratégie de régulation de la SEC, des considérations commerciales et juridiques des parties impliquées, et un changement de politique suite à la transition politique aux États-Unis.
Après l’élection de Trump, la SEC a modifié sa posture face aux cryptomonnaies. Le 21 janvier 2025, le président par intérim de la SEC, Mark Uyeda, a annoncé la création du Crypto Task Force, visant à établir un cadre clair pour la régulation des actifs numériques. Par la suite, la SEC a annulé en février 2025 une poursuite civile contre Coinbase, puis a conclu en mai une procédure conjointe avec Binance et son ancien CEO Zhao Changpeng. Ces actions montrent que l’affaire Sun Yuchen n’est pas isolée, mais s’inscrit dans une tendance de la SEC à réorienter sa politique de lutte contre la crypto, passant d’une posture de confrontation à une régulation plus structurée.
Du point de vue des défendeurs, accepter un accord présente aussi des avantages concrets. La résolution, où seul Rainberry paie une amende, permet de lever toutes les accusations contre eux, de réduire les risques juridiques et de faciliter le développement international de TRON, ce qui explique leur choix stratégique.
Après le retour de Trump à la présidence en 2025, la SEC et les avocats de Sun Yuchen ont demandé conjointement la suspension du procès, afin de laisser le temps aux négociations. Après près d’un an de discussions, un accord a été trouvé sur la question centrale des transactions de lavage.
Certains analystes pensent que cette résolution est liée au soutien financier de Sun Yuchen à des projets crypto liés à la famille Trump. Selon des rapports, Sun Yuchen aurait dépensé au moins 75 millions de dollars pour acquérir des jetons WLFI liés à World Liberty Financial, une société associée à la famille Trump. Par ailleurs, plusieurs députés démocrates ont indiqué que des dons de plus de 85 millions de dollars avaient été faits par des entreprises crypto à la campagne de Trump, ce qui pourrait expliquer une certaine retenue de la SEC dans l’application de la loi.
Ce règlement illustre quatre grandes tendances de la régulation crypto sous l’administration Trump : d’abord, un passage d’une posture répressive à une régulation plus souple ; ensuite, l’utilisation accrue de règlements amiables ; puis, une meilleure adaptation des politiques réglementaires aux orientations industrielles ; enfin, une plus grande transparence dans la consultation publique, notamment via des tables rondes, des consultations écrites et des lignes directrices explicatives.
Pour les projets, il reste crucial d’éviter les pratiques de gonflement artificiel du volume, la promotion dissimulée ou toute autre action pouvant induire en erreur les investisseurs. Les plateformes d’échange doivent renforcer leurs mécanismes de détection des transactions suspectes et de surveillance des comportements anormaux. Quant aux investisseurs, ils doivent être vigilants face aux volumes artificiels, qui peuvent fausser leur perception de la liquidité et de la demande réelle du marché.
Ce règlement, mettant fin à un litige de trois ans entre la SEC et Sun Yuchen, constitue un point clé dans l’évolution de la régulation des cryptomonnaies aux États-Unis. Passant d’une politique de poursuites intensives à une approche de règlement amiable, la SEC adapte sa stratégie à un contexte politique en mutation. Pour l’industrie crypto, cette affaire ne donne pas toutes les réponses, mais rappelle que, tant que le cadre réglementaire n’est pas stabilisé, la réduction des risques de manipulation, l’amélioration de la transparence et le renforcement de la conformité restent les stratégies les plus sûres pour un développement durable.