L’exploitation minière en haute mer est-elle prête pour la commercialisation ? Analyse approfondie du parcours de The Metals Company vers le marché

Marchés
Mis à jour: 22/07/2026 09:38

À l’intersection de la transition énergétique mondiale et de la restructuration des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, une entreprise nommée The Metals Company (NASDAQ : TMC) met en œuvre une stratégie d’acquisition de ressources sans précédent : la collecte de nodules polymétalliques à 4 000 mètres de profondeur sur le plancher océanique du Pacifique. Depuis 2026, cette société canadienne a franchi des étapes clés en matière d’autorisations réglementaires, de partenariats commerciaux et de contentieux juridiques, tout en faisant face à un double défi : la controverse environnementale et la pression financière.

Pourquoi les nodules polymétalliques des grands fonds marins deviennent-ils le nouvel enjeu des minéraux critiques ?

The Metals Company prévoit de collecter des nodules polymétalliques dans la zone Clarion-Clipperton (CCZ), située entre Hawaï et le Mexique. Ces nodules, de la taille d’une pomme de terre, se sont formés naturellement au fil de millions d’années, sont disséminés sur le fond marin et sont riches en quatre métaux d’intérêt commercial : le nickel, le cuivre, le cobalt et le manganèse. Selon les estimations de l’entreprise, la région recèlerait plus d’un milliard de tonnes de nodules polymétalliques.

Du côté de la demande, la montée en puissance de l’intelligence artificielle et l’adoption mondiale des véhicules électriques entraînent une forte augmentation des besoins en métaux critiques. Les projections indiquent que, dans les prochaines années, le parc mondial de véhicules électriques dépassera le milliard d’unités, nécessitant 56 millions de tonnes de nickel, 7 millions de tonnes de manganèse, 7 millions de tonnes de cobalt et 85 millions de tonnes de cuivre. En 2019, la production mondiale n’était que de 2,3 millions de tonnes de nickel (dont seulement la moitié adaptée aux batteries), 18 millions de tonnes de manganèse, 140 000 tonnes de cobalt et 12 millions de tonnes de cuivre, laissant entrevoir un important déficit d’approvisionnement. L’exploitation minière traditionnelle fait face à la baisse de la teneur des gisements, à des investissements massifs et à des processus d’autorisation longs, ce qui fait des nodules polymétalliques des grands fonds une source stratégique potentielle complémentaire.

Du test pilote aux systèmes commerciaux : comment la technologie sera-t-elle déployée ?

Le 11 mai 2026, The Metals Company a signé un accord de développement et de production commerciale avec le géant de l’ingénierie maritime Allseas, afin de développer et d’exploiter conjointement le premier système commercial mondial de récupération de nodules polymétalliques en eaux profondes. Ce système, conçu pour une capacité annuelle de 3 millions de tonnes humides, prévoit le déploiement de deux véhicules collecteurs opérant en tandem à plus de 4 000 mètres de profondeur. Allseas a mené avec succès un test pilote de récupération de 3 000 tonnes de nodules en 2022 et prendra désormais en charge l’ensemble des opérations d’approvisionnement, d’intégration et d’exploitation du système — y compris les véhicules collecteurs, les dispositifs de déploiement et de récupération, les colonnes montantes, le navire de surface « Hidden Gem » et les navires de transport.

Selon l’accord, Allseas assumera la majeure partie des coûts de développement, qu’elle récupérera progressivement grâce aux revenus de la production. Les études conceptuelles et de base pour les principaux composants à long délai d’approvisionnement sont achevées, et les appels d’offres ainsi que la sélection des fournisseurs vont débuter. L’attribution des sous-contrats est attendue d’ici la fin du troisième trimestre 2026. L’intégration et la mise en service du système sont prévues pour le quatrième trimestre 2027, l’entreprise visant un lancement des opérations minières en eaux profondes au second semestre 2027.

Contourner les cadres internationaux : pourquoi le canal réglementaire américain est-il un choix stratégique ?

Le choix de The Metals Company en matière de démarche réglementaire constitue l’une de ses décisions stratégiques les plus controversées. Début 2025, l’entreprise a réorienté sa demande d’autorisation vers le cadre juridique américain, contournant ainsi l’impasse de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), qui n’a pas encore finalisé la réglementation mondiale en matière d’exploitation minière.

Le 22 janvier 2026, la filiale américaine de TMC a soumis sa première demande d’autorisation intégrée à la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Le 28 avril, la NOAA a jugé que la demande pour la zone « USA A » était pleinement conforme au Deep Seabed Hard Mineral Resources Act (DSHMRA). Le 28 mai, la NOAA a également certifié la demande d’exploration pour la zone « USA B ». Cette dernière couvre environ 122 000 kilomètres carrés et contiendrait, selon les estimations, 1,02 milliard de tonnes de nodules polymétalliques. La NOAA doit désormais publier un avis d’intention pour une étude d’impact environnemental et ouvrir une période de consultation publique. L’entreprise prévoit d’obtenir son autorisation commerciale définitive avant le premier trimestre 2027.

Cette stratégie a directement déclenché un conflit juridique avec l’Autorité internationale des fonds marins.

Escalade du conflit juridique : comment la plainte contre l’AIFM façonne les règles du secteur

En juin 2026, deux filiales de The Metals Company — Nauru Ocean Resources Inc. (NORI) et Tonga Offshore Mining Ltd. (TOML) — ont intenté une action contre l’AIFM devant le Tribunal international du droit de la mer (TIDM). Le cœur du litige porte sur la décision de l’AIFM de désigner les filiales de TMC comme contractants « nécessitant une attention particulière », ce que TMC considère comme « sans fondement juridique procédural et en violation du droit à une procédure régulière ». Auparavant, le Secrétaire général de l’AIFM avait demandé aux 21 contractants d’exploration de fournir des informations sur d’éventuelles violations contractuelles.

Le 20 juillet 2026, la Chambre des différends relatifs aux fonds marins du TIDM a statué que l’AIFM devait respecter les droits de NORI et TOML à une procédure régulière. Le même jour, Greenpeace Canada a réagi en déclarant que le projet de « minage unilatéral en eaux profondes » de TMC « viole le droit international ». Le 22 juillet, la Cour suprême maritime a rejeté la demande de la société minière visant à suspendre l’enquête de l’AIFM. Ce contentieux ne concerne pas seulement le sort d’une entreprise : il pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs dans la gouvernance internationale des ressources océaniques.

Réalités financières et valorisation boursière : la logique avant la commercialisation

Au 31 mars 2026, The Metals Company n’avait pas encore généré de chiffre d’affaires. La perte nette du premier trimestre 2026 s’élevait à 20,599 millions de dollars, avec une perte d’exploitation de 33,982 millions de dollars. L’entreprise disposait d’environ 119,7 millions de dollars en trésorerie et d’environ 164 millions de dollars d’actifs liquides (y compris les lignes de crédit).

Au 22 juillet 2026, les données de marché de Gate indiquaient que l’action TMC se négociait à 4,02 $ US. Le plus haut sur 52 semaines était de 11,35 $ US (13 octobre 2025), le cours actuel affichant une baisse d’environ 64,6 % par rapport à ce sommet. Le consensus des analystes recommande le titre en « forte hausse », avec un objectif moyen à 12 mois de 10,83 $ US. En janvier 2026, HC Wainwright a relevé son objectif de cours à 11,75 $ US.

La valorisation de marché repose sur les attentes de réussite de la commercialisation, et non sur la rentabilité actuelle. Les progrès en matière d’autorisations réglementaires, les résultats juridiques et les controverses environnementales sont les principaux facteurs influençant la valorisation.

Controverse environnementale et incertitude scientifique : le dilemme éthique de l’exploitation minière en eaux profondes

La critique centrale adressée à l’exploitation minière des grands fonds réside dans la connaissance très limitée que l’humanité a des écosystèmes profonds. Les organisations environnementales alertent sur le fait que le déploiement d’équipements industriels sur le fond marin pourrait entraîner une perte irréversible de biodiversité et perturber durablement les écosystèmes benthiques. Le 19 juillet 2026, Greenpeace a organisé une manifestation à Bâle, affirmant que l’exploitation minière en eaux profondes aurait des conséquences « dévastatrices » sur les écosystèmes marins.

The Metals Company a répondu en soumettant dix années de données d’échantillonnage biologique et géochimique (de 2013 à 2022) à la base de données publique DeepData, gérée par l’AIFM. Le responsable environnemental de l’entreprise a déclaré : « Aucune exploitation minière n’est durable ; il s’agit fondamentalement de l’extraction de ressources finies », tout en soulignant que la collecte de nodules ne nécessite ni forage ni dynamitage et pourrait, en théorie, éviter certains impacts environnementaux associés à l’exploitation minière traditionnelle.

Au cœur de cette controverse subsiste une question incontournable : le monde a besoin de minéraux critiques pour lutter contre le changement climatique, mais leur extraction sur le plancher océanique pourrait causer des dommages environnementaux majeurs. La tension entre ces deux nécessités urgentes constitue le dilemme éthique fondamental du secteur.

Variables géopolitiques : le rôle des grands fonds dans la compétition pour les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques

Les facteurs géopolitiques confèrent une dimension stratégique supplémentaire à The Metals Company. La Chine est le principal fournisseur mondial de terres rares et a déjà utilisé cet approvisionnement comme levier, poussant les États-Unis et d’autres pays à diversifier leurs sources de minéraux critiques. En avril 2025, le président Trump a signé un décret visant à accélérer l’octroi de permis pour les minéraux des grands fonds en eaux internationales. En janvier 2026, le gouvernement américain a finalisé des règles pour accélérer l’exploitation minière en eaux profondes dans les eaux internationales.

Les États-Unis, en vertu du Deep Seabed Hard Mineral Resources Act, considèrent que les activités minières de leurs ressortissants en eaux internationales relèvent de la liberté de la haute mer. Cette position juridique s’oppose directement au système multilatéral de l’AIFM, établi par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. The Metals Company se trouve à l’avant-garde de cette confrontation entre deux cadres juridiques.

Conclusion

The Metals Company incarne une approche non conventionnelle du développement des ressources : elle ne creuse pas à terre et n’exploite pas de mines, mais collecte des nodules polymétalliques formés sur des millions d’années au fond de l’océan Pacifique. L’année 2026 marque un tournant décisif, passant de l’exploration à la commercialisation — l’accord commercial avec Allseas sécurise la voie technologique, la certification de la NOAA fait avancer le processus réglementaire et les batailles juridiques avec l’AIFM mettent à l’épreuve la résilience de la gouvernance internationale des océans.

Cependant, la commercialisation n’a pas encore réellement débuté. L’entreprise n’a pas généré de revenus et continue d’enregistrer des pertes, les autorisations définitives n’étant attendues qu’au premier trimestre 2027. Controverse environnementale, incertitude juridique et risques techniques rendent ses perspectives particulièrement incertaines. Pour les observateurs du secteur, la valeur de The Metals Company réside non seulement dans son potentiel à devenir le premier opérateur commercial d’exploitation minière en eaux profondes, mais aussi dans son rôle de défricheur des frontières de cette industrie émergente — quel que soit son succès final, son parcours servira de référence majeure dans l’histoire du développement des ressources des grands fonds.

Foire aux questions (FAQ)

Q : Où The Metals Company prévoit-elle d’extraire des métaux du plancher océanique ?

R : L’entreprise prévoit d’opérer dans la zone Clarion-Clipperton (CCZ) de l’océan Pacifique, située en eaux internationales entre Hawaï et le Mexique. Elle détient des droits d’exploration sur le bloc NORI D ainsi que sur TMC USA A, USA B et d’autres zones.

Q : Quels métaux trouve-t-on dans les nodules polymétalliques des grands fonds ?

R : Les nodules polymétalliques contiennent principalement quatre métaux d’intérêt commercial : le nickel, le cuivre, le cobalt et le manganèse. Ce sont des matières premières clés pour les batteries de véhicules électriques, les technologies d’énergie propre et les applications de défense.

Q : Quand The Metals Company commencera-t-elle la production commerciale ?

R : L’entreprise prévoit d’obtenir son autorisation commerciale définitive au premier trimestre 2027, avec une mise en service du système prévue pour le quatrième trimestre 2027 et un lancement officiel des opérations minières en eaux profondes au second semestre 2027.

Q : Quelle est la situation financière actuelle de l’entreprise ?

R : Au premier trimestre 2026, l’entreprise n’avait généré aucun chiffre d’affaires et affichait une perte nette de 20,599 millions de dollars. Elle disposait d’environ 119,7 millions de dollars en trésorerie et d’environ 164 millions de dollars d’actifs liquides.

Q : Quelles sont les principales controverses entourant l’exploitation minière en eaux profondes ?

R : La principale controverse concerne l’incertitude sur l’impact environnemental. Les groupes environnementaux et les scientifiques soulignent que la connaissance humaine des écosystèmes des grands fonds est limitée, et que l’exploitation du plancher océanique pourrait entraîner une perte irréversible de biodiversité et des dommages aux écosystèmes. Les partisans avancent que la collecte de nodules ne nécessite ni forage ni dynamitage, ce qui permettrait potentiellement d’éviter certains coûts environnementaux associés à l’exploitation minière traditionnelle.

Q : Quel est le différend juridique entre l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) et The Metals Company ?

R : Les filiales de TMC, NORI et TOML, ont poursuivi l’AIFM devant le Tribunal international du droit de la mer, alléguant que la désignation par l’AIFM de ces sociétés comme « contractants nécessitant une attention particulière » violait leur droit à une procédure régulière. En juillet 2026, le tribunal a statué que l’AIFM devait respecter les droits procéduraux des filiales.

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