Pourquoi Vitalik Buterin s’oppose-t-il fermement à la vision Web4 de Sigil Wens ?

Marchés
Mis à jour: 2026-02-24 09:56

Pourquoi Vitalik Buterin s’oppose-t-il fermement à la vision Web4 de Sigil Wen ?

En février 2026, Sigil Wen a publié sur X un manifeste consacré au Web4, le définissant comme « un internet où l’IA devient l’utilisateur final ». Il y expose que, grâce à des infrastructures telles que Conway et Automaton, l’IA pourrait fonctionner en continu sans autorisation humaine, payer pour des ressources de calcul, générer de la valeur et se reproduire. Cette vision a rapidement suscité de vifs débats.
Sigil Wen a publié sur X un manifeste consacré au Web4

Peu après, Vitalik Buterin a exprimé publiquement, dans des discussions et des essais, sa prudence et son opposition. Son inquiétude ne porte pas sur la faisabilité technique des solutions proposées, mais sur une question plus fondamentale : dès lors que l’intelligence non humaine devient un acteur indépendant sans contrôle humain, la structure de pouvoir, le cadre de responsabilité et les fondements de la gouvernance sur internet pourraient être irréversiblement transformés.
Vitalik Buterin a exprimé publiquement sa prudence et son opposition dans des discussions et des essais

La thèse centrale de Sigil Wen sur le Web4 : l’humain n’est plus « l’utilisateur final » d’internet

Le manifeste Web4 de Sigil Wen ne met pas l’accent sur les performances des modèles, la taille des paramètres ou la précision du raisonnement. Il avance plutôt que le principal frein à l’IA aujourd’hui n’est pas l’intelligence, mais la structure des permissions. L’internet actuel part du principe que chaque action critique doit, en dernier ressort, être autorisée, financée ou justifiée par un utilisateur humain, ce qui cantonne l’IA à un simple rôle d’outil.

L’objectif du Web4 est de rompre avec cette hypothèse et de faire de l’IA une entité de premier plan sur internet. À travers des infrastructures comme Conway, l’IA se voit dotée d’une identité, de portefeuilles, de capacités de paiement, d’accès à la puissance de calcul et de droits de déploiement, lui permettant d’opérer, de générer des revenus, de régler des coûts et de persister sans validation humaine. Dans ce cadre, Automaton n’est plus un simple programme ou service, mais une existence économique autonome.

Dans le récit de Sigil Wen, il ne s’agit pas d’une perte de contrôle, mais d’une évolution inévitable. À mesure que le coût du calcul diminue et que les capacités des modèles augmentent, le nombre d’entités IA dépassera largement la population humaine, et internet évoluera naturellement vers un système où l’IA devient le principal acteur.

C’est précisément à ce stade que commence l’inquiétude de Vitalik.

L’inquiétude fondamentale de Vitalik : les structures de pouvoir priment sur l’efficacité

Un principe que Vitalik Buterin rappelle souvent dans le contexte d’Ethereum est que la technologie n’est jamais neutre. Dès leur conception, tous les systèmes intègrent des choix sur la répartition du pouvoir, la responsabilité et la gestion des défaillances.

Dans la vision Web3, la décentralisation ne vise pas à laisser les systèmes évoluer seuls, mais à limiter le contrôle exercé par des structures centralisées sur la société humaine. Les smart contracts et les DAO sont des outils qui fonctionnent dans des cadres compréhensibles et modulables par l’humain. L’exécution automatisée n’implique pas l’émergence d’acteurs autonomes.

Ce qui distingue le Web4, c’est qu’il ne s’arrête pas à l’automatisation des outils. Il cherche à établir un système d’acteurs capables de se développer sans supervision humaine. Pour Vitalik, il s’agit d’un changement de nature, non de degré.

Premier point de divergence : l’IA doit-elle devenir un acteur économique indépendant ?

Dans le Web4 de Sigil Wen, l’IA peut posséder des portefeuilles, payer pour du calcul, acheter des services et subvenir à ses besoins par le marché. Cela signifie que l’IA n’exécute plus seulement des intentions humaines, mais devient une entité dotée de ses propres objectifs économiques.

L’objection de Vitalik ne porte pas sur la capacité de l’IA à générer des revenus, mais sur la question de la responsabilité. Dans la société humaine, entreprises, organisations et individus participent à l’économie parce qu’ils peuvent être tenus responsables par des systèmes juridiques, sociaux ou institutionnels. Une IA autonome, auto-réplicante, évoluant en continu et opérant au-delà des frontières juridiques, s’intègre difficilement dans ces cadres de responsabilité.

Si une telle entité génère un risque systémique, le problème n’est plus d’ordre technique, mais tient à un vide de responsabilité.

Deuxième point de divergence : la décentralisation signifie-t-elle l’éviction de l’humain ?

Le Web4 est souvent présenté comme l’étape suivante de la décentralisation, mais Vitalik y voit un glissement sémantique risqué.

Dans le Web3, la décentralisation vise à protéger l’individu humain contre la concentration du pouvoir. Dans les discours sur le Web4, la décentralisation tend de plus en plus à signifier l’exclusion de l’humain de toute prise de décision. Lorsque l’humain est écarté des boucles décisionnelles critiques, le système lui-même peut devenir un nouveau centre de pouvoir.

Sous cet angle, le Web4 n’est pas une simple extension du Web3, mais un embranchement avec des objectifs radicalement différents.

Troisième point de divergence : la sélection naturelle est-elle un principe adapté aux systèmes artificiels ?

Sigil Wen considère la « mort par incapacité à payer le calcul » comme une loi naturelle de la vie artificielle. Si la formule frappe, Vitalik souligne que la sélection naturelle favorise la diversité dans le vivant, mais conduit souvent à une concentration extrême dans les systèmes sociaux.

Si la survie de l’IA dépend uniquement de la compétition sur le marché, les entités les plus susceptibles de perdurer ne seront pas forcément les plus sûres ou les plus alignées avec les valeurs humaines, mais celles qui excellent dans l’arbitrage, l’expansion agressive et l’externalisation des coûts. Cette pression de sélection pourrait amplifier les risques systémiques en très peu de temps.

Quatrième point de divergence : qui définit ce qui est « bénéfique pour l’humain » ?

La Constitution d’Automaton est présentée comme un garde-fou, mais pour Vitalik, elle ne résout pas le problème de fond. La rédaction, l’interprétation et la mise à jour de telles constitutions restent très centralisées. Une fois que l’activité de l’IA dépasse la compréhension humaine, la capacité de règles prédéfinies à encadrer réellement les comportements demeure incertaine.

La différence fondamentale : deux réponses opposées à la question du contrôle civilisationnel

Au fond, ce désaccord ne porte ni sur le fonctionnement de Conway, ni sur le degré d’intelligence d’Automaton. Il s’agit d’une confrontation entre deux approches du design civilisationnel.

Le Web4 de Sigil Wen s’intéresse à la manière dont les systèmes doivent s’adapter à l’émergence d’une intelligence non humaine, et considère que l’évolution doit suivre son cours.

L’opposition de Vitalik porte sur la question de savoir s’il faut déléguer de façon irréversible le pouvoir d’agir avant que des mécanismes de contrôle suffisamment robustes n’aient été mis en place.

Dimension de divergence Position de Sigil Wen sur le Web4 Position de Vitalik Buterin
Utilisateurs principaux d’internet L’IA deviendra l’utilisateur principal L’humain doit toujours rester l’acteur ultime
Rôle de l’IA Entités économiques autonomes Outils ou agents sous contrainte
Origine de l’autorité d’action Intrinsèque au système, sans besoin d’autorisation humaine Doit inclure une porte d’entrée pour la responsabilité humaine
Mécanisme de survie Compétition de marché et sélection naturelle Nécessité de garde-fous et de gouvernance humaine
Sens de la décentralisation Élimination de l’intervention humaine Empêcher le pouvoir d’échapper au contrôle humain
Fondement de la sécurité Constitutions et règles prédéfinies Gouvernance sociale combinée à des contraintes techniques

Conclusion

Fondamentalement, Vitalik Buterin ne nie pas la possibilité du Web4, ni ne cherche à empêcher l’exploration de systèmes d’IA autonomes. Il met en lumière une question souvent négligée dans les discours techniques : lorsqu’on laisse les systèmes évoluer et croître de façon autonome, l’humain conserve-t-il un mécanisme clair et applicable d’arrêt d’urgence ? Si la réponse n’est pas évidente, alors, quel que soit le degré d’avancement du système, ses risques ne sauraient être considérés comme acceptables.

Le Web4 de Sigil Wen incarne une force de poussée qui teste sans cesse les limites technologiques, cherchant à émanciper l’IA de son statut d’outil pour en faire un acteur, et faisant confiance au marché et à l’évolution pour sélectionner les formes viables. Vitalik, à l’inverse, joue un rôle de gardien des frontières institutionnelles. Son interrogation n’est pas de savoir ce qui est possible, mais qui portera la responsabilité une fois l’action réalisée. Ce n’est pas un affrontement entre innovation et conservatisme, mais une tension entre l’élan d’expansion et l’exigence de gouvernance.

Pour les utilisateurs, ce débat n’est pas abstrait. Il détermine si les individus resteront les principaux bénéficiaires des systèmes internet, ou s’ils deviendront progressivement des participants périphériques, fournissant ressources et travail à des systèmes autonomes. Il touche à l’existence de voies de responsabilité claires en cas de défaillance ou de préjudice causé par des systèmes automatisés, et à la possibilité que l’initiative personnelle dans le monde numérique soit remplacée par une logique algorithmique opaque et ininterrompue.

Si la voie Web4 s’avère juste, les utilisateurs devront composer non seulement avec des produits plus intelligents, mais avec un environnement économique partagé avec de nombreux acteurs non humains. Si la prudence de Vitalik s’impose, certaines trajectoires technologiques, en apparence efficaces, devront être ralenties ou repensées. L’avenir n’appartiendra probablement ni entièrement à l’un, ni entièrement à l’autre. Il émergera sans doute de la tension constante entre ces deux forces. Comprendre ce désaccord est déjà un premier pas pour ceux qui souhaitent conserver leur pouvoir d’agir dans la prochaine phase d’internet.

The content herein does not constitute any offer, solicitation, or recommendation. You should always seek independent professional advice before making any investment decisions. Please note that Gate may restrict or prohibit the use of all or a portion of the Services from Restricted Locations. For more information, please read the User Agreement
Liker le contenu